De la "secte" prônant la charia…

Boko Haram a été fondé en 2002 par l'imam Mohammed Yusuf à Maiduguri, dans l'Etat de Borno, dans le nord-est du Nigeria. Si la majorité des 170 millions de Nigérians est chrétienne, la partie nord du pays est à dominante musulmane. En langue locale haoussa, le nom du mouvement signifie "l'éducation occidentale est un péché". Son objectif : instaurer la charia. A ses débuts, le groupe est considéré, tout au plus, comme une secte violente d'illuminés radicaux.

… à l'organisation terroriste

Les premières années, Boko Haram concentre ses attaques contre les autorités nigérianes : vols de munitions, attaques de commissariats, meurtres de policiers… Pour se financer, elle a recours au banditisme, avec notamment des enlèvements contre rançon, visant des locaux uniquement. A force, Abuja décide d'intervenir et lance une contre-attaque. En septembre 2009, c'est un carnage à Maiduguri : 800 morts. Arrêté, le chef de l'organisation sera tué en détention. Par la suite, Boko Haram ne cessera de se radicaliser. Ses attentats visent des bars vendant de l'alcool, des églises chrétiennes et même des écoles. Puis ses cibles deviennent occidentales : le 26 août 2011, un kamikaze se fait sauter devant le siège local des Nations unies à Abuja, faisant 21 morts.

Des liens avec Aqmi

Comme ses alter ego du Sahel (Ansar Dine, Mujao…), les liens de Boko Haram avec l'antenne ouest-africaine d'Al-Qaida ne sont pas clairs. L'internationalisation du mouvement et l'évolution de ses techniques d'action éveillent les soupçons. L'organisation reconnaît elle-même que certains de ses éléments ont été formés au djihad dans les mêmes camps d'entraînement que ceux d'Aqmi, en Somalie, au Soudan et au Moyen-Orient. Fin 2011, les services secrets algériens font état d'une "coordination certaine" entre Boko Haram et Aqmi. Washington fait la même analyse : mercredi, le mouvement a ainsi été inscrit sur sa liste noire "terroriste". Les Etats-Unis lui imputent la responsabilité de "milliers de victimes". La tête de son nouveau leader, Aboubakar Shekau - donné pour mort à l'été 2013 mais qui a resurgi dans une vidéo en septembre - est mise à prix 7 millions de dollars.

Le "petit frère" Ansaru

Classé, avec Boko Haram, sur la liste noire américaine, Ansaru est une émanation du premier. En 2013, cette faction encore plus radicale fait sécession. En mars, elle enlève et exécute plusieurs travailleurs étrangers dans le secteur de la construction. C'est également Ansaru qui revendique, en décembre dernier, l'enlèvement de l'ingénieur français libéré ce dimanche, Francis Collomp. Et le groupe est accusé par un diplomate américain d'être impliqué dans l'enlèvement revendiqué par Boko Haram en février 2013, de la famille Moulin-Fournier, libérée en avril.

La contre-offensive d'Abuja

En mai 2013, Abuja décrète l'état d'urgence dans le nord-est du pays, où l'armée est envoyée en force. Des islamistes sont alors chassés des villes, mais leurs attaques ne cessent pas. Pour en venir à bout, le Nigeria réclame l'appui de ses voisins également concernés (Niger, Tchad, Cameroun). Début novembre, un comité mixte Nigeria-Cameroun est ainsi créé pour sécuriser la frontière commune. Mais l'enlèvement, jeudi, d'un prêtre français, montre que de l'intention à la réalité, la marche est longue.