A cinq jours de la trêve hivernale des expulsions, alors qu'un froid digne d'un mois de janvier s'est installé samedi sur l'Hegaxone, la ministre du Logement, Cécile Duflot, n'a pas exclu de réquisitionner des logements vacants pour accueillir sans-abris et mal-logés.
Mobiliser en urgence 100.000 logements
A Paris notamment, mais c'est aussi vrai ailleurs en France, les associations se font l'écho depuis des semaines d'une nette augmentation des demandes d'hébergement d'urgence. Or, pour la seule capitale, un tiers des 1.200 appels reçus chaque soir au 115 restent vains, le Samu social ayant épuisé ses solutions d'accueil pour la nuit.
Pourtant, soulignent les quelque 200 militants associatifs qui ont manifesté le 27 octobre à Paris, il y aurait de quoi faire, avec selon des chiffres de l'Insee cités par Droit au logement, en 2011, près de 2,5 millions d'habitations et autres locaux inoccupés en France. Suivant le plan d'urgence proposé par le Dal au mois d'août, il s'agirait d'en mobiliser une centaine de milliers pour parer au plus pressé.
Rompre avec des années "d'inertie"
Au départ de la manifestation, le porte-parole de Droit au logement, Jean-Baptiste Eyraud, a appelé le gouvernement à rompre avec "une certaine forme d'inertie" et Mme Duflot à "lancer la réquisition des logements laissés vacants, très souvent pour des motifs de spéculation".
La ministre, qui a reçu les associations dans l'après-midi en convient : "des bâtiments (sont) vides depuis des années" et "ne servent à rien quand des gens, des familles, sont à la rue". Se disant "convaincue de la gravité de la situation", elle a estimé qu'"aucun moyen ne doit être négligé" pour y remédier, parmi lesquels le recours éventuel à la réquisition.
Nul besoin de légiférer
Pour ce faire, dans l'arsenal législatif, le gouvernement pourrait s'appuyer sur l'ordonnance du 11 octobre 1945. Un texte maintes fois invoqué dans les années 60, beaucoup moins par la suite, et jamais depuis l'hiver 95/96, après l'occupation emblématique d'un immeuble rue du Dragon, dans le VIe arrondissement parisien. Selon le Dal qui avait mené cette action, le gouvernement de l'époque avait alors mis en oeuvre la réquisition de 1.000 logements laissés vacants par des banques et assurances.
Mme Duflot n'a rien promis de tel, cependant elle "a dit qu'elle était favorable à l'application de la loi de réquisition et qu'elle y travaillait". En prenant acte, M. Eyraud a évoqué "un peu d'espoir", qui arrive certes "un peu tard", alors que l'hiver est là, mais tranche avec des années "face à un mur".
A défaut de calendrier, une volonté affichée
"S'il est nécessaire, je ferai appel à l'ensemble des moyens disponibles, la réquisition fait partie de cette panoplie. Elle a déjà existé, elle a été mise en oeuvre notamment lorsque Jacques Chirac était président de la République parce que la crise était particulièrement difficile, chacun s'en souvient", a déclaré la ministre écologiste à la presse.
Dans l'urgence actuelle, elle a indiqué avoir "lancé un appel à tous (ses) collègues pour que tous les biens de l'Etat vacants aujourd'hui puissent être mis à disposition", notamment les "anciens bâtiments de bureaux, anciennes casernes, hôpitaux qui ne servent pas". Ce serait bien le minimum.
















