Il n'est plus à la tête du pays depuis trois ans, mais aux yeux des Brésiliens, il reste l'emblème de la justice sociale. L'ex-président Lula a été appelé en renfort mardi, alors que les manifestations se poursuivent à travers tout le Brésil. Son "héritière", la présidente Dilma Rousseff s'est entretenue avec l'ancien chef d'Etat pour tenter de mettre fin aux manifestations historiques qui embrasent le pays, à un an du Mondial de football. Et si rien n'a filtré de la rencontre, elle portait bien sur les moyens de faire marche arrière en abaissant le prix des transports publics, à l'origine de la fronde, selon la presse locale.

Les autorités pressent le pas pour calmer la fronde sociale. Des mesures d'urgences ont déjà été adoptées à Porto Alegre, Recife et d'autres villes brésiliennes qui ont annoncé mardi des réductions des prix des transports publics. Outre le prix du billet d'autobus ou de métro, les manifestants s'insurgent contre les dépenses colossales (11 milliards d'euros) engagées par le pays pour le Mondial, alors que certains services publics comme la santé sont sinistrés.

La présidente du pays à l'"écoute" de la rue

Jouant l'apaisement, Dilma Rousseff, qui répète à l'envi qu'elle "comprend" la colère du peuple depuis le début des protestations, a répété mardi matin à Brasilia que son gouvernement était "à l’écoute" des aspirations légitimes des 250 000 manifestants qui ont envahi lundi les grandes villes du pays. L'appel à Lula est un recours riche en symbole. Le mythe de l'ancien ouvrier ayant accédé aux plus hautes fonctions de l'Etat reste très présent dans les esprits. Et pour la majorité des classes populaires, Lula est toujours l'un des leurs.

Mais en attendant des solutions politiques, les manifestants restent mobilisés. A Sao Polo, où la présidente s'entretenait avec Lula, quelque 50.000 Brésiliens ont profité de ce rendez-vous au sommet pour se faire entendre mardi soir. Un groupe de manifestants a mis le feu à un camion de transmission de la chaîne de TV Record, à une cabine de police et à une agence bancaire situés près de la mairie. Ils avaient auparavant tenté de forcer l'entrée de la mairie mais la police les a repoussés avec quelques tirs de gaz lacrymogènes. Des boutiques ont été saccagées et pillées et la façade récemment restaurée de l'Opéra a été taguée.

Dans une trentaine de villes plus petites, des manifestations avaient lieu également, comme à Sao Gonçalo près de Rio avec 5.000 personnes, ou à Juazeiro do Norte (nord-est) où 8.000 manifestants empêchaient le maire de la ville de sortir d'une agence bancaire.