Voici une mission bien délicate pour l'opposition. Comment critiquer l'omniprésence médiatique de Manuel Valls et son passage annoncé chez Laurent Ruquier, samedi, sans taper sur "On n'est pas couché", émission de divertissement phare du paysage audiovisuel ?

Depuis l'annonce faite mercredi dans Le Parisien, confirmée ensuite par Matignon, quelques critiques ont bien perlé sur la présence, pour la première fois, d'un Premier ministre au milieu de l'arène du samedi soir. On se rappelle que Nicolas Sarkozy, François Fillon et Alain Juppé s'étaient notamment refusés à participer à l'émission, la jugeant inadaptée au discours politique. On se rappelle aussi le dérapage en règle de Nadine Morano sur la "race blanche" dans cette émission pourtant enregistrée. Manuel Valls, lui, s'y est déjà rendu quatre fois, mais jamais comme chef du gouvernement.

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"Une émission intelligente et intéressante"

Mais les mœurs ont décidément évolué. Nombre de responsables politiques voient désormais le grand oral devant les chroniqueurs Léa Salamé et Yann Moix comme un passage obligé. Et pour égratigner le goût de Manuel Valls pour la télévision (on se souvient de son passage récent au Petit Journal de Canal +), l'opposition prend de solides pincettes. "Est-ce que Manuel Valls envisage une reconversion comme chroniqueur chez Ruquier ?" ironise Guillaume Larrivé, porte-parole des Républicains, contacté par metronews. Qui prend bien soin de préciser : "C'est une émission vive, intelligente et intéressante. Mais je ne suis pas sûr que la place d'un Premier ministre soit dans un talk-show à mi-chemin de la politique et du spectacle."

Même critique très mesurée du côté de Daniel Fasquelle. Le député LR du Nord avertit simplement : "Il ne faut pas que les politiques discréditent la fonction en acceptant de se prêter à des émissions qui dégraderaient leur fonction". L'élu pointe notamment le précédent de l'émission de téléréalité politique lancée sur D8 fin 2014. "Ruquier, c'est un entre-deux. Manuel Valls prend un risque. D'autant qu'il suroccupe l'espace médiatique : il est ministre de tout, il surjoue sa fonction."

"Une arène difficile"

D'autres, comme Geoffroy Didier, se montrent carrément favorables au passage télé de Manuel Valls. "C'est une émission politique à laquelle il faut participer", assure le cofondateur (LR) de la Droite forte, qui y a été invité à deux reprises. "En Australie ou aux Etats-Unis, les responsables politiques ne se posent pas ce genre de questions avant de se rendre dans ce type de programme. ONPC, c'est une émission où l'on a 50 minutes pour s'exprimer, où l'on peut adresser un message à des citoyens pas forcément habitués aux émissions politiques." Geoffroy Didier avertit toutefois : "On passe sur le gril. C'est une arène difficile." Bruno Le Roux, le patron des députés socialistes, ne le contredira pas. Pour ce dernier, "c'est une fausse polémique" et il n'y a rien de mal à s'adresser "à une population qui n'est pas celle qui regarde les questions d'actualités à l'Assemblée nationale".

Finalement, seul le député LR de Maine-et-Loire Jean-Charles Taugourdeau semble encore s'émouvoir de la prestation télé de Manuel Valls. "Ce n'est pas du niveau d'un Premier ministre, c'est du people", assène l'élu. "Cette émission manque totalement de respect en tournant les politiques en dérision. On nous fait passer pour des clowns. Pourquoi pas, demain, le Premier ministre au 'Grand Cabaret' de Patrick Sébastien ?" Aux détracteurs, Matignon promet de "parler de fond" samedi soir. Entre deux bonnes blagues ?