Etes-vous satisfait de l’annonce, jeudi par Nicolas Sarkozy, du dépôt d’un projet de loi mi-mai visant à interdire le port du voile intégral en France ?
Oui, je fais partie de ceux qui, depuis plusieurs mois, considèrent que si nous sommes opposés au port du niqab qui nie la femme et l’identité de l’être humain, si on considère en plus que le niqab est indésirable dans les transports, les services publics, les hôpitaux, il faut voter une interdiction totale dans l’espace public. Je me satisfais donc qu’un texte de loi soit en préparation. J’espère qu’il recueillera une large majorité, au-delà des clivages politiques.

Regrettez-vous néanmoins que l’initiative de la loi revienne au gouvernement et non aux parlementaires ?
D’une certaine manière, peu importe. Il aurait été logique, après le travail de la commission Gérin, que cela débouche sur une proposition de loi. Mais ce qui compte, c’est le signal que donne le texte de loi, que ce texte existe, soit voté et applicable.

François Fillon a dit jeudi à ce sujet qu’il était prêt à prendre des risques juridiques. Pensez-vous que le Conseil constitutionnel et la Cour européenne des droits de l’Homme vont permettre à la France d’appliquer cette interdiction totale ?
Au niveau européen, si on se fonde sur la notion d’ordre public et qu’on vise bien le fait qu’on ne peut pas avoir le visage masqué, le texte est tout à fait légal. Pour ce qui concerne l’ordre juridique français, au nom même de l’ordre public et de l’idée qu’on se fait du vivre ensemble, si le texte de loi propose à la fois une interdiction générale au nom même de nos valeurs universelles et précise tous les lieux (espace public, centres commerciaux, transports, services publics) où le voile intégral est interdit, je pense que cela peut être accepté par le Conseil constitutionnel.

Le fait que vous ne suiviez pas sur ce sujet la ligne de votre parti vous met-il dans une position inconfortable ?
Je ne suis pas le seul membre du PS à m’être écarté de la ligne. Je ne suis pas naïf, je vois bien pourquoi il y a un changement de pied du côté du président de la République, débordé sans doute par Jean-François Copé. Rappelons d’ailleurs que Nicolas Sarkozy était opposé à l’époque à une loi sur les signes religieux à l’école… Mais sur le sujet du voile, je souhaite qu’on oublie les querelles politiques et qu’on se place au niveau des principes. La laïcité, la dignité de la femme et de l’être humain sont des principes indiscutables. A droite comme à gauche on a utilisé un argument qui me choque : interdire le voile intégral, ce serait stigmatiser les musulmans. Mais c’est tout le contraire ! Dire cela, c’est précisément renvoyer les musulmans au voile intégral comme précepte religieux, alors que ce n’en est pas un. C’est un signe militant, d’oppression et de négation de la femme, une provocation vis-à-vis de la République. Et le phénomène se concentre dans certains quartiers. J’espère que le débat sur le texte de loi à l’Assemblée permettra d’aborder cette question. Ne faisons pas comme s’il n’y avait pas de problème fort identitaire dans un certain nombre de quartiers à travers ce signe militant.