Interpellé à la mi-avril aux Pays-Bas et tout juste extradé en France en vertu d'un mandat d'arrêt européen délivré par des magistrats marseillais, Marc Armando, le cerveau présumé du "casse du siècle", également soupçonné d'avoir pris part à un improbable trafic de cocaïne caché dans une torpille sous-marine, ne comparaîtra jamais devant les juges. A peine deux heures après son incarcération à la prison marseillaise des Baumettes, son corps sans vie a été retrouvé dans sa cellule. L'homme âgé de 56 ans se serait suicidé par pendaison. Des circonstances que l'administration pénitentiaire n'a pas encore confirmées et qu'une enquête ouverte par le parquet devra de toute façon déterminer précisément.

Armando passe pour le cerveau du spectaculaire braquage de la Banque de France à Toulon en 1992 durant lequel plus de 146 millions de francs avaient étaient dérobés, soit 22 millions d'euros, dont à peine 10% ont refait surface. Pour ces faits, il avait été condamné à 18 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises du Var.

Trahi par des exercices de plongée nocturne

Depuis, cette figure du grand banditisme s'était apparemment reconvertie dans le trafic de drogue. Il était suivi par la brigade des stupéfiants depuis juin 2012, après avoir attiré l'attention en faisant de la plongée sous-marine de nuit, à Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône. Des employés du port apercevant un plongeur en difficulté avaient alerté la gendarmerie maritime. A l'arrivée des gendarmes, l'homme en question en avait rejoint trois autres à bord d'un bateau pneumatique chargé de matériel de plongée. Les contrôles d'identité révélant la présence de plusieurs anciens braqueurs dans l'équipée nocturne, la gendarmerie maritime, la police judiciaire de Nice et la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille, en charge des affaires de grand banditisme, avaient alors commencé à suivre leurs moindres faits et gestes.

Un pétrolier parti du Venezuela

"Nous avons mis en place des surveillances sur ces individus, qui nous ont permis de constater des choses très intéressantes, notamment l’achat de matériel spécialisé pour la plongée, mais également des exercices de plongée nocturnes du côté d’Antibes à Juan-les-Pin", a expliqué Philippe Frizon, le patron de la PJ de Nice. Par ailleurs les enquêteurs ont relevé qu'en 2011, Armando s'était rendu en Amérique du Sud, notamment au Pérou. De quoi attiser plus encore les soupçons. Les suspects, dont le patron d'un bar de Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes) où la petite troupe se réunissait, sont finalement passés à l'action le mois dernier. D'abord montés à Paris, ils avaient gagné la Belgique. Dans le port d'Anvers, trois suspects ont été repérés en train d'observer le Laguna D, un pétrolier battant pavillon néerlandais, parti du Vénézuéla le 23 mars. Les conditions météorologiques étant peu propices à la plongée, les trois compères n'ont rien fait et le bateau a poursuivi sa route vers les Pays-Bas où il est arrivé le 19 avril.

Une torpille de cocaïne fixée à la coque

Alertées par la PJ de Nice, les douanes néerlandaises ont envoyé des plongeurs scruter la coque du navire dans le port de Rotterdam. Sous le pétrolier, ils ont découvert une torpille remplie de sachets de cocaïne, pour une valeur d'au moins 3,5 millions d'euros. Les trois suspects français, Marc Armando, Samir Laribi et Lofti Bengadim, ont alors été interpellés dans leurs chambres d'hôtel. Extradés vendredi, les trois hommes devaient comparaître ce 4 mai devant les juges Thierry Azéma et Christophe Perruaux de la Jirs de Marseille. Neuf autres personnes ont par ailleurs été appréhendées dans le sud de la France, à Marseille, Toulouse, Nice, Antibes, dans la région de Grasse et en Haute-Corse. Six d'entre elles ont déjà été mises en examen, dont trois sont sous écrou, notamment Jean-Michel Dominici, le cerveau présumé du vol en 2004 de 668 kilos d’or en Suisse, pour lequel il a été condamné à 14 ans de réclusion.