Les réactions à la mort lundi de l'ex-Premier ministre britannique Margaret Thatcher ont pour le moins été controversées. L'actuel chef du gouvernement, David Cameron, a salué la mémoire d'un grand dirigeant". D'autres, à l'image en France de Jean-Luc Mélenchon, ont fustigé l'héritage de la "Dame de Fer". Professeur de civilisation britannique à l'université de Bourgogne*, Agnès Alexandre-Collier décrypte pour Metro ces réactions en revenant sur la personnalité controversée de Margaret Thatcher.

Certaines réactions à la mort de Margaret Thatcher ont été très violentes : cela vous étonne-t-il ?
Cela montre que définitivement, Margaret Thatcher ne laisse pas indifférent : elle est certainement l'une des personnalités politiques qui a le plus divisé, au Royaume-Uni et en Europe. Ces réactions sont plutôt conformes au style qu'elle a elle-même imprimé à sa gouvernance : anti-consensuel, radical et tranchant. Elle avait une vision très manichéenne de la politique, rangeant en quelque sorte ses ennemis, par exemple les syndicalistes, dans les forces du mal.

Est-il bien vu, aujourd'hui au Royaume-Uni, de se réclamer du thatchérisme ?
Le rapport au bilan de Margaret Thatcher est assez paradoxal. D'un côté, la plupart des réformes qu'elle a menées n'ont pas été remises en cause, même par le travailliste Tony Blair. En quelque sorte, tout le monde s'accorde à dire que la thatchérisme a fait naître dans le pays le consensus néo-libéral qui y prévaut toujours. Néanmoins, il y a un certain malaise de la classe politique, lié à un héritage qui a aussi fait beaucoup de mal dans le pays, à s'en revendiquer clairement, y compris dans le camp conservateur.

Le fait qu'elle ait été une femme a-t-il joué dans la perception de la politique de Margaret Thatcher ?
C'est surtout sa personnalité qui a été clivante. Quant à sa féminité, elle l'a à la fois niée et exploitée. Niée, en revendiquant de diriger le pays aussi bien qu'un homme. Exploitée, en jouant sur le côté bonne ménagère, proche de ses sous, qui gère les finances du pays comme celles d'un foyer. C'était l'un des nombreux paradoxes de Margaret Thatcher.

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Les habits neufs de David Cameron, le parti conservateur britannique. Presses De Sciences Po. 14,50 euros.