Les catholiques partent en croisade. A quelques jours de la manifestation anti-mariage gay de dimanche, leur détermination s'est encore amplifiée avec la polémique autour de l'école catholique. Dernière péripétie, révélée mardi : des parents d'élèves de l'Institut catholique d'Agneaux, dans la Manche, ont reçu des tracts anti-mariage dans les relevés de bulletins de notes trimestriels.

Le spectre de la guerre scolaire public-privé

Depuis vendredi, le ministre de l'Education Vincent Peillon a suscité une levée de boucliers en qualifiant de "faute" la lette d'Eric de Labarre, responsable de l'Enseignement catholique, qui proposait d'organiser des débats au sein des écoles privées sur la question. "Je conteste formellement qu'il y eut la moindre faute", a rétorqué ce dernier mardi, en précisant que ces débats étaient prévus entre adultes, et non avec les élèves.

A droite, plusieurs personnalités, comme Christine Boutin, ont accusé le gouvernement de vouloir "raviver la guerre scolaire" entre public et privé. "Il y a deux poids et deux mesures : le ministre reproche aux catholiques d'être catholiques, mais il soutient des associations qui font la promotion des valeurs gay et lesbiennes dans les écoles", estime la députée Valérie Boyer, contactée par Metro. Catholique non pratiquante, elle se dit "heurtée de la façon dont le gouvernement traite les chrétiens depuis quelques semaines. Il y a eu la réception bâclée de Monseigneur Vingt-Trois par Christiane Taubira, les attaques de Cécile Duflot contre les biens de l'Eglise, la question de la fin de vie… ce ne sont pas des actes isolés mais une stratégie idéologique et dogmatique."

Forte mobilisation dimanche

Philippe Portier, spécialiste des relations entre pouvoir et Eglise, nous confirme "une montée des tensions". Mais le directeur du groupe société, religion et laïcité au CNRS note "une alliance entre le catholicisme et l'opposition politique, qui profite de l'occasion pour faire valoir ses thèmes antigouvernementaux" et s'attend à une forte mobilisation dimanche, grossie par "toute une population qui n'entend pas remettre en cause des repères stabilisés par la tradition".

"J'observe qu'à chaque fois que la gauche est au pouvoir, la hiérarchie catholique est dans la rue", a relativisé mardi le député PS Jean-Christophe Cambadélis sur RFI. En 1984, plus d'un million de personnes avaient défilé pour l'école catholique, contraignant François Mitterrand à retirer son projet de loi. Mais, selon Philippe Portier, François Hollande ne reculera pas sur le mariage pour tous. "Cette mesure est un marqueur de gauche qu'il ne peut pas ignorer, alors qu'il est déjà revenu sur d'autres." Pour Vincent Soulage, catholique et militant socialiste joint par Metro, le gouvernement peut aussi "choisir l'apaisement", en poussant les députés PS à renoncer à l'amendement sur la procréation médicalement assistée (PMA) pour intégrer celle-ci à un autre projet de loi.