A qui aurait raté l'annonce de la ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti, à la veille de la Gay Pride parisienne, le Premier ministre, Jean-Marc Auyrault a enfoncé le clou : sans doute avant un an et la prochaine Marche des fiertés (homos, bi et trans), le mariage entre personnes du même sexe sera possible.
Le droit de se marier... et d'adopter
Au-delà, Ayrault a lui aussi souligné la volonté de légiférer dans le même temps sur tout ce qui touche à l'homoparentalité, au droit à l'adoption, et d'une façon générale, à la lutte contre les discriminations liées à "l'identité de genre" et à l'orientation sexuelle de chacun.
Dans un communiqué publié vendredi soir, le 29 juin, Matignon a donc annoncé que le mariage "homosexuel" et la possibilité "pour tous" d'adopter, quel que soit son genre et sa préférence, seraient "institués" au cours du quinquennat. Les droits au mariage et à l'adoption sont "sur les rails", indique la publication officielle, sans s'engager sur un calendrier.
Tenir une promesse électorale…
A ceux qui attendent ces mesures avec impatience, on ne saurait préciser de date, mais il semble que les choses devraient vite évoluer. Dans son entretien au Parisien paru ce vendredi, Mme Bertinotti a en tout cas évoqué l'échéance, au plus tard, de juin 2013.
La droite, désormais minoritaire à l'Assemblée et au Sénat y est plus ou moins opposée, non sans des dissensions notables, mais sondages à l'appui, l'opinion publique serait majoritairement acquise à cette évolution de notre société, dont nombre de pays européens et plus lointains ont déjà donné l'exemple.
En tout état de cause, parmi ses soixante engagements, François Hollande l'avait promis durant sa campagne présidentielle, et il a été élu.
Les associations satisfaites, mais vigilantes...
Du côté des associations qui militaient depuis des lustres sur ces questions, bien sûr on se félicite de cette décision, cependant, dans le détail, on note et déplore que pour l'heure, Matignon n'a fait aucune référence à la question de la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes.
Pour autant, l'Inter-LGBT (lesbienne, gay, bi et trans), qui figure parmi les principaux organisateurs de la Marche des fiertés, ne boude pas son plaisir et voit dans l'annonce gouvernementale "un signe extrêmement positif", selon les mots à l'AFP de son porte-parole, Nicolas Gougain.
Où l'on parle enfin des transsexuels…
En outre, l'association souligne que "c'est la première fois qu'un gouvernement prend en considération les personnes trans", dont la situation reste à ce jour très compliquée vis-à-vis de l'état civil.
S'agissant de ces personnes qui ont changé de sexe, "une concertation sera lancée à la rentrée pour faciliter leur parcours, en écho aux recommandations de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe", indique prudemment le communiqué de Matignon.
L'Etat mobilisé contre toutes les discriminations...
Dans l'absolu, il s'agit d'atteindre un "objectif d'égalité et de lutte contre tous les préjugés homophobes qui font le lit d'une violence et d'une exclusion qui ne sont pas tolérables". Et Matignon d'assurer que "toutes les administrations de l'Etat, les autorités administratives indépendantes, les fonctionnaires et en particulier les enseignants" seront sensibilisés.
Concrètement, pour l'heure rien n'est apparemment arrêté, mais le Premier ministre a demandé aux "membres du gouvernement concernés de lui faire des propositions, après concertation avec les partenaires associatifs, pour définir le pilotage institutionnel des politiques de lutte contre les violences et les discriminations commises en raison de l'orientation sexuelle ou de l'identité de genre".
La droite, partagée sur ces questions de société...
Dans l'opposition, les réactions sévères ne vont pas manquer, notamment sans doute de la part de la Droite populaire, la frange la plus conservatrice de l'UMP, ou par exemple d'une Christine Boutin, mais il est à noter que ces questions sont loin de faire l'unanimité.
A Paris notamment, pour l'heure acquise à la gauche, Rachida Dati ne s'est pas clairement prononcée pour ou contre le mariage et l'adoption "gay", mais elle s'est dite "favorable" à l'ouverture d'un débat sur le sujet.
Quant à la sénatrice Chantal Jouanno, pas franchement en phase avec le gouvernement actuel dans l'absolu, elle a appelé à "laisser de côté les clivages purement politiques pour [se] rassembler sur des valeurs modernes de liberté et d'égalité" et a salué "l’annonce de l’ouverture du mariage et de l’adoption pour les couples de même sexe". Selon ses termes, "une victoire décisive pour les libertés individuelles"...
















