Devant le Palais de justice de Paris, une vingtaine de "veilleurs" montent la garde. Ils sont venus soutenir celui qui est devenu le martyr de leur cause : Nicolas Buss. Incarcéré depuis trois semaines à Fleury-Mérogis pour rébellion face à la police lors de manifestations non autorisées contre le mariage pour tous, l'étudiant de 23 ans comparaissait mardi devant la cour d'appel.

Avec un livre, une bière ou une cigarette, ses soutiens se tiennent debout, en silence, à deux mètres les uns des autres. Quasiment tous sont des "historiques", qui n'ont pas raté une seule des "manif pour tous" organisées contre la loi Taubira. "Nicolas a subi un procès politique, digne d'une dictature", s'insurge pour metronews Guy, 70 ans, prêt à tenir longtemps grâce à un roman de Ken Follett. Sous son foulard qui la protège du soleil de plomb, Pia, 42 ans et mère de six enfants, est venue sur le temps de sa pause déjeuner : "c'est capital de montrer à Nicolas qu'il n'est pas seul."

Nicolas peut quitter sa cellule de Fleury-Mérogis

Pendant ce temps, les débats s'engagent dans la salle d'audience. En chemise blanche, les cheveux châtains coiffés par une raie, l'accusé nie en bloc les faits qui lui sont reprochés. Avec force traits ironiques, plus ou moins réussis, l'étudiant en licence d'histoire se montre bravache. Rires gênés dans l'assistance, où même certains partisans grimacent devant sa maladroite insolence. Quand la parole lui est donnée une dernière fois, Nicolas se dit prêt à "pardonner" à la justice s'il est relaxé. Les juges n'iront pas jusque-là, le condamnant tout de même à 3.000 euros d'amende, dont 1.500 avec sursis, pour participation à des manifestations non autorisées. Dans l'immédiat, l'effet est le même : Nicolas peut quitter sa cellule le soir-même.

Au sortir de l'audience, les avocats affichent leur satisfaction. "Nous sommes très heureux que Nicolas sorte et que sa peine de prison, par ce nouveau jugement, soit reconnue comme injuste", confirme Béatrice Bourges, représentante des anti-mariage gay, qui promet néanmoins de poursuivre le mouvement. Après quelques applaudissements célébrant la décision du tribunal, les veilleurs organisent déjà leurs prochains happenings. "On manifeste par anticipation, contre la PMA et la GPA", martèle Jean-François, 49 ans. Un autre, qui affirme tout haut sa crainte que "le mouvement s'essouffle", est aussitôt rabroué. Car tous veulent s'en convaincre : même sans leur martyr, ils ne rentreront pas chez eux.