Vous recevez vendredi, à deux jours de la Journée des droits des femmes, le rapport sur le sexisme dans le monde du travail. Quelle est selon vous l'ampleur du défi ?
Cette journée du 8 mars est l'occasion de faire le bilan des progrès engagés et du chemin qui reste à parcourir dans tous les domaines. La bonne nouvelle, c'est que les mentalités changent, et que les jeunes générations ne se reconnaissent pas dans les attitudes ou les comportements sexistes. Ainsi selon une étude qui parait aujourd’hui, 80% des Français feraient autant confiance à un homme qu'à une femme pour s'occuper des enfants dans une crèche. Il y a des progrès, mais le sexisme n'a pas disparu, et notamment le sexisme au travail, qui a la vie dure : quatre femmes salariées sur cinq disent être régulièrement confrontées à des comportements sexistes, ce qui peut les bloquer dans leur carrière ou provoquer du mal-être au travail. C'est inacceptable !

Le CSEP  émet 35 recommandations. Quelles sont les principales propositions que vous retenez ?
L'une des idées, c'est que la lutte contre le sexisme soit intégrée dans les règlements intérieurs des entreprises. C'est une très bonne chose. Une autre proposition utile, par exemple, vise à développer des programmes de formation et de sensibilisation au sexisme au sein des entreprises. Il existe par ailleurs un label égalité qui s'applique aux entreprises et aux administrations. Nous voulons qu'il tienne désormais compte de la lutte contre le sexisme.

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"Ce qu'il faut, c'est faire reculer la loi du silence"

Le rapport souligne qu'au niveau juridique, la notion de sexisme est en tant que telle quasi inexistante ou floue. Ne faudrait-il pas une véritable loi contre le sexisme, comme celle récemment adoptée en Belgique ?
L'interdiction de certains comportements sexistes ou des discriminations en raison du sexe figurent déjà dans la loi ou dans le Code du travail. Par exemple, même si cela reste méconnu, les injures sexistes sont interdites. Notre loi est beaucoup plus protectrice qu'on ne l'imagine. Mais parfois, les femmes ou les témoins de certains de ces agissements ne la connaissent pas ou hésitent à l'idée de les dénoncer.

Pas besoin de légiférer davantage, donc ?
Ce qu'il faut, c'est faire reculer la loi du silence pour que la loi de la République puisse s'appliquer. C'est vrai en matière de sexisme, c'est vrai en matière de stéréotypes, et c'est vrai en matière de violences faites aux femmes. La loi sanctionne les violences faites aux femmes. Et pourtant, une femme en France meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint ou de son compagnon. Nous avons mis en place des actions pour lever cette chape de la peur. Par exemple, 400 téléphones d’alerte seront diffusés dans toute la France à partir de ce mois de mars. Dans ce domaine, les femmes n'osent pas porter plainte ou en parler. Il faut des lois, mais aussi faire en sorte, ensemble, que la loi du silence ne s'applique pas.

Cela passera par des campagnes de communication ?
Nous avons mené l'an dernier une campagne décalée pour déconstruire les stéréotypes dans les métiers, et nous souhaitons pouvoir renouveler ce genre d'opération pour lutter contre le sexisme au travail. Il faut montrer que celui-ci passe souvent par de petites choses, qui peuvent paraître anodines : des mots employés, des comportements faussement protecteurs. Le sexisme ordinaire, c'est celui qui veut qu'on appelle une femme systématiquement par son prénom, ou qu'on s'adresse à elle en lui disant "ma petite", tout en sachant très bien que c'est dévalorisant.

"Oui je suis féministe, je l'ai toujours été"

François Hollande s'est engagé cette semaine à ce que les victimes de discrimination puissent engager des recours collectifs en justice. Peut-on imaginer que, bientôt, des salariées pourront lancer une class action contre leur entreprise si elles estiment avoir subi des discriminations dans leur promotion ou leur rémunération ?
Si des femmes font l'objet de discriminations pour une même raison, des actions en justice pourraient être envisagées. Je souligne d'ailleurs que le président de la République, qui recevra dimanche 100 femmes qui font la France au quotidien, est très engagé pour l'égalité des femmes. Il l'est au niveau politique avec un gouvernement paritaire. Il l'est en ne banalisant pas cette journée du 8 Mars, contrairement à son prédécesseur : Nicolas Sarkozy avait dit en 2012 que le 8 mars était une journée "sympathique, mais pas essentielle". Pour François Hollande, le combat pour l'égalité n'est pas anecdotique mais essentiel.

Est-ce que vous vous définiriez comme une militante féministe ?
Oui je suis féministe, je l'ai toujours été. Pour moi, chaque fois que les droits des femmes progressent, c'est la société tout entière qui s'en trouve mieux. Permettre l’articulation vie professionnelle-vie familiale, par exemple, est une revendication des femmes dont les hommes profitent aujourd'hui. Faire en sorte qu'il y ait davantage de femmes nommées à des postes de responsabilité, cela renvoie une image d'équilibre qui est bonne pour toute la République. La bataille pour les droits des femmes est une bataille pour la démocratie, pour l'égalité et donc pour la société tout entière.