Le 25 mars dernier, une vidéo postée sur Internet fait rapidement le tour des réseaux sociaux. Filmée deux semaines auparavant, y voit deux hommes dénudés, le visage ensanglanté, se faire agresser dans leur propre appartement par plusieurs jeunes. La scène a été filmée par ces derniers à Beni Mellal, une ville du centre du Maroc où s’est tenu un procès. Verdict ? Deux mois de prison pour les agresseurs, contre... quatre mois ferme pour une des deux victimes.

Le procès du second jeune homme a été reporté ce mardi. Il doit se dérouler le 4 avril mais le jugement laisse peu de place au doute : sa peine devrait être similaire à celle de son compagnon, puisque selon l'article 489 du code pénal marocain, l'homosexualité - ces "actes sexuels contre-nature" - est passible de trois ans de prison. Un comble, s’insurge auprès de metronews Betty Lachgar, co-fondatrice du Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles. "Une personne se fait attaquer chez elle, et se retrouve coupable par rapport à son orientation sexuelle !"

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"Une régression des libertés individuelles"

Selon la militante, l’homophobie d’Etat est une réalité au Maroc. "Les victimes ne peuvent pas porter plainte. En général elles sont condamnées à trois ans de prison, sauf quand les affaires sont médiatisées et où elles écopent 'seulement' de quelques mois." La communauté homosexuelle n’est pas la seule impactée : l’article 490, lui, condamne les relations hétérosexuelles hors mariage. L’adultère est quant à lui sanctionné par l’article 491.

Une législation rigoureuse à laquelle s’ajoute la pression de la société marocaine. "Nous sommes dans une société très conservatrice où le poids du religieux est très important, constate Betty Lachgar. On observe une vraie régression concernant les libertés individuelles et donc sexuelles." Un sujet tabou avec lequel il est difficile de composer : "On se sent très isolée en tant qu’association car la majorité de la société civile ne nous aide pas. Elle estime que nous allons trop loin."

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