Dans le hall des urgences de l’hôpital Nord, les patients continuent d’affluer, mais pour le personnel soignant, le cœur n’y est plus. La faute à une succession d’actes de violence sans précédent dans ce service d’aide aux victimes. Lundi, la tension est d’ailleurs montée d’un cran. Deux jeunes se présentent ivres à l’accueil. Deux agents de sécurité sont frappés au visage. Un interne est menacé de mort. Une plainte a été déposée, mais pour le Dr Delaveau le mal est fait.

"Je me demande parfois pourquoi on travaille ici", souffle la jeune femme après 10 ans de service dans les quartiers Nord. Loin d’être résignée, le médecin urgentiste avoue avoir changée ses habitudes. "Avant d’entrer dans un box, on jauge le patient et on évalue si on peut fermer la porte. Ça peut être dangereux parfois. Un patient m’a même craché au visage", déplore-elle.

Discret, le regard sombre, un autre docteur lie cette montée de violence à un changement de comportement des patients. "Pour certains, les urgences c’est un self-service. Ils ont pris l’habitude du tout, tout de suite. Si on ne peut pas les prendre en charge rapidement, ils explosent. C’est délirant, ça n’a pas de sens".

Vers un renforcement de la sécurité

Avec près de 135 patients par jour, les urgences de l’hôpital Nord est l’un des services de santé les plus fréquentés de Marseille. Pour assurer la sécurité du site, un agent est en poste 24 heures sur 24. Des caméras de vidéosurveillance ont été installées. Pas suffisant aux yeux du directeur de l’hôpital, Gilles Halimi, qui milite pour une présence policière. "Il faudrait que les forces de l'ordre reviennent dans l'hôpital. Pas pour faire de la répression, mais de la dissuasion. Cela permettrait d’apaiser les tensions".

"L’hôpital ne doit pas devenir un sanctuaire" renchérit le député des quartiers Nord, Henri Jibrayel. Venu en soutien du personnel hospitalier, l’élu PS ne s’étonne pas de l’insécurité qui règne aux urgences mais demande une réponse pénale adaptée. "Celui qui s’attaque à l’hôpital public, s’attaque à la République".

L'hôpital Nord n'est pas un cas isolé et à l'échelle nationale, 5 760 faits de violence ont été signalés en 2011, selon les derniers chiffres de Observatoire national des violences en milieu de santé, cités par l'Assistance publique-Hôpitaux de Marseille. Dans 51 % des cas il s'agit de violences physiques, soit une hausse de 4 % par rapport à 2010, selon la même source.