Il aura fallu un drame pour que la situation critique des maternités en France soit à nouveau médiatisée. La mort d’un bébé in utero dimanche à Paris a non seulement mis au jour le manque de places dans ces établissements, mais aussi le problème de leur catégorisation, responsable en partie de leur engorgement.

"On a tendance en France à traiter la grossesse comme une maladie, explique à Metro Sophie Guillaume, présidente du Conseil national des sages-femmes (CNSF). Du coup, les mères pensent qu’elles seront mieux prises en charge dans les maternités de type III". La spécialiste fait référence au décret de périnatalité de 1998 qui classe les maternités en trois catégories, selon le niveau de prise en charge du bébé.

Un dixième de lits en moins en dix ans

Ces maternités de type III - qui ne devraient s'adresser qu'aux grossesses à risque - font face à un afflux massif. Dans le même temps, économies obligent, le nombre global d’établissements s’est, lui, réduit, au profit de regroupements en "superstructures". Entre 2001 et 2010, 20% des maternités du pays ont disparu, soit plus de 200 unités. Une perte qui correspond à une réduction de 10% du nombre de lits, selon le rapport 2012 de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees).

Manque d'effectifs

Les "superstructures" du type de la maternité de Port Royal, où s'est joué le drame de ce week-end, (5000 accouchements par an) se sont donc multipliées ces dernières années. Certes avec davantage d'équipements, mais sans moyens humains supplémentaires.

Un constat sombre que faisait la Cour des Comptes  en 2010. Dans son rapport, elle considérait que "malgré une succession quasi ininterrompue de plans en faveur de la périnatalité depuis 20 ans, nos performances sanitaires restent encore en deçà de celles des autres pays comparables". Plus de dix ans après le décret de périnatalité, la France, pourtant le pays le plus fécond d'Europe, a encore des progrès à faire.