Un film que Bernard Arnault n'ira sans doute pas voir au cinéma. "Merci patron !", documentaire qui raconte comment Serge et Jocelyne Klur se sont vu acheter leur silence, moyennant 25.000 euros par leur ancien employeur Bernard Arnault, ne plaît pas du tout au patron de la multinationale LVMH. Le rédacteur en chef de Fakir François Ruffin, réalisateur du film, a répondu aux questions de metronews. Il est notamment revenu sur son éviction de l'émission de Frédéric Taddéï, sur Europe 1 - Il sera, en revanche, reçu, mercredi dans Europe 1 midi, par Jean-Michel Aphatie.

Comment Europe 1 vous a justifié l'annulation de votre interview ? 
J'ai été très surpris par la franchise de Frédéric Taddéï. C'est Sandrine Taddeï, qui gère la production de l'émission, qui nous a contactés pour nous dire que finalement nous ne pouvions pas être reçus. Selon la direction d'Europe 1, il manquait un contradicteur sur le plateau. Moi je n'ai aucun problème avec ça, au contraire ! Mais je trouve quand même ça étrange. Quand Bernard Arnault est élu personnalité de la semaine par Europe 1, il n'y a pas de contradiction... 

La direction de LVMH vous a-t-elle contacté directement pour parler du film ?
Non, jamais. Mais leur méthode est différente. L'exemple d'Europe 1 est clair. Plutôt que de chercher à censurer directement le film, ils détournent la censure. Aux projections presse, j'ai bien senti que le sujet dérangeait. Un journaliste du Parisien est venu voir mon attachée de presse pour lui dire qu'il adorait le film mais qu'il n'écrirait pas une ligne dessus. Pareil pour la journaliste des Echos qui a vu le film (les deux titres sont détenus par le groupe LVMH, ndlr). Déjà à la production du film, le CNC (Centre national du cinéma) nous a refusé tous les financements. Et alors qu'on devait avoir un partenariat avec une association caritative, elle s'est retirée en raison de ses liens avec LVMH. 

Vous ne craignez pas que LVMH fasse payer au couple du film les pots cassés (Bernard Arnault a versé la somme pour préserver son image, ndlr) ?
Pas du tout. De toute façon, on ne peut rien leur prendre. Le seul moyen de pression qu'ils auraient, c'est l'emploi de Serge, qui travaille chez Carrefour (dont des parts sont détenues par Bernard Arnault, ndlr). Mais s'il devait avoir des problèmes, on est prêt. Le film n'a été financé que grâce à la générosité des lecteurs de Fakir, alors s'il le faut, on lancera la même collecte pour défendre Serge et on récoltera l'argent en une semaine. Et puis en France, on a encore un droit du travail, il faut en profiter tant qu'li existe. 

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