Vous avez interpellé six entreprises françaises pour qu'elles interviennent auprès de Gazprom et de la Russie. Quelles sont leurs réactions ?
Certaines ne nous ont pas du tout répondu ou n'ont pas donné suite. D'autres, la BNP-Paribas, Air Liquid et Lazard, nous ont dit qu'elles n'avaient pas de lien privilégié avec la Russie et Gazprom, et donc qu'elles ne se sentaient pas spécialement concernées, en tout cas pas obligées de faire quoi que ce soit. Chez aucune d'elles nous n'avons senti la volonté de dire : "Vous avec raison, ce n'est pas normal, nous allons user de nos contact là-bas pour faire passer un message". Je ne comprends pas cette frilosité des entreprises françaises. A l'étranger, Shell ou l'Italien ENI sont intervenus auprès de Gazprom sans que cela ne mette à mal leurs relations commerciales.

Shell et ENI se sont vus opposer une fin de non-recevoir. En quoi est-il utile de faire ainsi pression ?
Ce n'est pas forcément faire pression. Nous demandons simplement aux entreprises françaises d'exprimer une préoccupation : faire savoir à Gazprom qu'elles sont au courant de cette situation, qu'elles l'ont intégrée dans leurs préoccupations et que cela peut les gêner dans leurs relations commerciales. Ce n'est pas une fleur qu'elle nous feraient : elles ont pris des engagements au travers de traités internationaux, notamment celles qui ont signé le Pacte Mondial des Nations Unies. On leur demande de les respecter.

Si ces entreprises ne font rien, envisagez-vous d'autres actions ?
On verra, mais c'est vrai que tout un tas de choses sont possibles. On ne se trompe pas de cible : ce ne sont pas les entreprises françaises qui ont mis nos militants en prison. Mais on serait déçu s'il n'y avait aucune réaction.

Cela fait 50 jours que vous vous battez pour vos militants détenus en Russie. Avez-vous bon espoir qu'ils soient bientôt libérés ?
Bientôt, c'est difficile à dire, mais nous avons bon espoir, oui. Ce qui est sûr, c'est que la prochaine échéance approche : le procureur doit dire au plus tard le 17 novembre s'il prolonge la détention préventive d'encore quatre mois ou s'il relâche nos militants.

Une telle décision vous semple possible à cette occasion ?
C'est une option, même si je vous avoue que ce n'est pas la plus privilégiée. Vu ce qui s'est passé jusqu'à présent, on peut craindre que les autorités russes aient envie d'aller jusqu'à un procès. Maintenant, les juges peuvent faire sortir les militants de prison sous caution et les faire comparaître librement.

Comment vont les militants, et le Français Francesco Pisanu en particulier ?
Ils sont toujours tous à Mourmansk. Normalement, leur transfert à Saint-Petersburg devrait se faire, mais on ne sait pas quand, donc on reste prudent. C'est long, c'est difficile mais Francesco va bien. Nous venons encore de lui envoyer un colis avec des fruits, des légumes, du café, des cigarettes... Pour l'instant , l n'est pas malade et son moral n'est pas atteint. Il tient bon.