Pays au bord de l'embrasement, cherche homme providentiel. Moins d'une semaine après le coup d'Etat militaire qui a déposé le président islamiste Mohamed Morsi, la guerre civile menace en Egypte. Alors que 51 islamistes auraient été tués lundi matin après des tirs de l'armée, les Frères musulmans, formation d'origine du président déchu, ont appelé à un "soulèvement". De son côté, le principal parti salafiste du pays, al-Nour, a annoncé son retrait des discussions sur le choix d'un Premier ministre et d'un gouvernement.

Le président intérimaire, Adly Mansour, tente justement de trouver, via ces négociations, le Premier ministre qui saura empêcher que la situation ne dégénère. Mais l'équation est difficile à résoudre: comment trouver une personnalité capable de fédérer les opposants à Mohamed Morsi qui ont obtenu sa destitution, sans braquer les islamistes ? En déposant Morsi, les militaires qui ont nommé Adly Mansour se sont déjà aliénés les Frères musulmans. Si les salafistes les rejoignent, le pays serait coupé en deux. Jusqu'à présent, les deux noms qui ont circulé (Mohamed El Baradei puis Ziad Bahaa Eldin) n'ont pas fait consensus. Zoom sur les atouts et les faiblesses de chacun.

Mohamed El Baradei, l'opposant "logique"

La semaine dernière, au lendemain du putsch, c'est lui qui tenait la corde pour diriger le gouvernement de transition : la nomination de Mohamed El Baradei avait même été annoncée par les médias vendredi. Diplomate de formation, l'homme jouit d'une bonne stature internationale puisqu'il a dirigé l'Agence internationale de l'énergie atomique de 1997 à 2009. Son opposition à Washington sur l'intervention contre l'Irak de Saddam Hussein l'avait placé sous les projecteurs : l'homme contestait l'existence avancée par les Etats-Unis d'armes de destruction massive. La suite lui a donné raison, ainsi que le prix Nobel de la Paix en 2005.

Pour la présidence, sa nomination était le choix "le plus logique". La semaine dernière, l'opposition à Mohamed Morsi l'avait en effet choisi pour être sa "voix" dans les discussions sur une transition politique. Mais l'homme de 71 ans n'a pas en Egypte l'aura dont il bénéficie à l'étranger. Peu connu dans les campagnes, piètre orateur, il apparaît comme déconnecté des réalités du pays. Sa nomination s'est surtout heurtée au veto des salafistes d'al-Nour : "on ne peut pas parler de réconciliation nationale et ensuite nommer l'opposant le plus virulent de Morsi Premier ministre", a considéré son porte-parole, Nader Baqqar. Dans un entretien à l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, l'intéressé a tenté de montrer patte blanche, en assurant vouloir "l'intégration des Frères musulmans dans le processus de démocratisation". Pas sûr que cela suffise à convaincre.

Ziad Bahaa Eldin, l'économiste

Moins politique que Mohammed El Baradei, Ziad Bahaa Eldin présente a priori un profil plus consensuel. Ce technocrate laïc âgé de 48 ans a dirigé plusieurs institutions économiques égyptiennes. Sa nomination traduirait la volonté des nouvelles autorités de s'attaquer en priorité aux graves difficultés économiques dont souffre le pays, qui ont en partie conduit à la chute de Mohamed Morsi.

Eldin n'est vraiment entré en politique que sur le tard, après la chute de Hosni Moubarak. Fin 2011, il est élu député avec le parti social-démocrate égyptien, une formation de centre-gauche. Mais son affiliation au Front de salut national lui vaut de la part des salafistes les mêmes reproches que ceux faits à El Baradei. Le FSN est en effet la principale coalition de l'opposition à Mohamed Morsi. Le chef d'al-Nour, Younès Makhyoun, a ainsi rejeté sa nomination dans la nuit de dimanche à lundi, tout en affirmant que le parti n'a "pas d'objection personnelle contre (cette) figure économique importante". L'équation est loin d'être résolue.