Le 11 mars 2012, Mohamed Merah va commettre son premier crime. Il a donné rendez-vous à Imad Ibn Ziaten, un parachutiste de Toulouse, en prétextant vouloir acheter sa moto. A l'aide d'une caméra placée sur lui, il filme la scène. Comme il le fera pour tous ses autres crimes : le 15 mars à Montauban où il abat trois parachutistes. Quatre jours plus tard, à Toulouse, dans une école juive où il ouvre le feu et tue quatre personnes. Le détail des vidéos a été retranscrit dans les rapports d'expertise. L'AFP et M6 ont pu les consulter.

"C'est mon frère"
"T'es là pour la moto ?". Il est 16h00, le militaire vient de se garer, Mohamed engage la conversation. "Ouais", répond Imad. Après un bref échange, le parachutiste s'interroge sur une troisième personne : "C'est un pote à toi?" - "Hein? c'est mon frère", répond Merah. "Ah, Ok", poursuit Imad.

Le frère de Mohamed Merah, Abdelkader, a été mis en examen pour complicité d'assassinats. Cette conversation pourrait également relancer la piste d'un troisième homme évoqué à plusieurs reprises. Pourtant, sur les images, personne d'autre n'apparaît. Mohamed Merah a-t-il reçu un simple coup de téléphone ? Un complice était-il présent ? Des sources proches de l'enquête se montrent très prudentes quant à l'interprétation de cette conversation entre le tueur et sa victime. Selon des témoignages versés au dossier, Abdelkader jouait au foot au moment du meurtre.

"Je ne me mettrai pas à plat ventre"
La caméra continue à tourner. On entend des bruits de moteur en arrière plan. Mohamed Merah demande à plusieurs reprises : "T'es à l'armée, t'es militaire ?". Les questions de Merah sont "accompagnées d'un bruit de "clic", notent les enquêteurs. Il insiste. Il veut des précisions sur sa caserne et le nombre d'années qu'il a passées là-bas.

Puis le tueur au scooter sort une arme et ordonne : "Mets-toi à plat-vente. Je rigole pas, mets-toi à plat-ventre". Un "clic double" se fait entendre, écrivent les enquêteurs. "Le chien du pistolet a été armé", commentent-ils. "Tu ranges ça tout de suite", réagit Imad. "Je ne me mettrai pas à plat ventre. Tu dégages. Je ne me mettrai pas à plat ventre, je reste". Merah réitère son ordre mais le militaire n'entend pas céder aux menaces : "Tu vas tirer? Vas-y, ben tire".

Une détonation retentit. Imad Ibn Ziaten s'écroule. "Au nom d'Allah est grand", répète Merah. Nouvelle détonation. Le scooter démarre puis le meurtrier revient. Il recherche une douille. "Elle est où? Là, elle est là". Il la ramasse puis lance à sa victime qui gît: "C'est ça l'islam mon frère: tu tues mes frères, moi je te tue". Il est 16h04.