Chacun sait que la répétition est la règle d'or de la pédagogie. Appliquant l'adage, Jean-Marc-Ayrault a fait une courte mais solennelle déclaration jeudi soir, au lendemain de celle du président François Hollande. Debout devant le parc de Matignon, le Premier ministre est revenu pendant un peu plus de deux minutes sur les mesures de moralisation de la vie publique dévoilées la veille par le président et qu'il a présentées toute la journée aux différents responsables du pays.

Au cours de ces consultations, le chef du gouvernement a pu se rendre compte que l'obligation faite aux ministres et élus de rendre public leur patrimoine suscite, outre les railleries de Jean-Luc Mélenchon, de vives réserves jusque dans son propre camp. Ainsi le président (PS) de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, a jugé que ce n'était "pas forcément la bonne solution pour permettre un lien de confiance entre les élus et la population". Favorable à un contrôle des patrimoines par une haute autorité mais pas à leur publication, il espère que les parlementaires feront "des propositions qui permettent de faire concilier à la fois la transparence sans pour autant tomber dans le voyeurisme". Une fois n'est pas coutume, le président de l'Assemblée est donc d'accord avec la droite. Après son entrevue à Matignon, le chef de file des députés UMP Christian Jacob s'est dit "clairement opposé" à "la mise en pâture des parlementaires et élus".

"Un avant et un après" Cahuzac

De son côté le président du groupe UDI, Jean-Louis Borloo, a salué une "démarche de travail assez consensuelle" et n'est pas opposé à la publication des patrimoines, souhaitant simplement que les familles des élus ne soient pas concernées. La mesure est acceptée par d'autres personnalités politiques, à l'instar du président PS du Sénat Jean-Pierre Bel, ou des parlementaires écologistes. François de Rugy, co-président du groupe EELV à l'Assemblée, et son homologue du Sénat Jean-Vincent Placé, ont même mis en garde le gouvernement contre toute "reculade" sur le sujet.

"Il y a des divergences et c'est parfaitement légitime en démocratie", a conclu le Premier ministre de ses rencontre. "J'ai confiance et je suis convaincu que les parlementaires sauront trouver les bonnes réponses à la hauteur des enjeux", a-t-il ajouté. Avant de conclure : "Ma conviction, c'est qu'il y aura eu un avant et qu'il y aura un après". Parallèlement, d'intenses consultations se sont également poursuivies à l'Elysée, où les poids lourds du gouvernement se sont succédé toute la journée. Elles doivent se poursuivre vendredi.