Le décès d'un patient aux urgences du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Brest est-il le symptôme d'un mal plus profond ? Mercredi, un homme âgé de 89 ans est mort sur un brancard, dans le couloir de l'hôpital de la Cavale Blanche, l'un des sept sites du CHRU. L'homme, après avoir été reçu par l'infirmière d'accueil à 11h50, attendait qu'une salle de consultation se libère, accompagné par sa famille. Il est décédé à 14h30, avant d'avoir pu rencontrer un médecin.

Le lendemain soir, la direction du CHRU a diffusé un communiqué faisant part de ce décès. "Il s'agissait d'un patient souffrant de pathologies multiples et dont la fin de vie était proche. Le CHRU regrette que ce décès soit intervenu dans des conditions d'intimité non adaptées." Elle ajoute : "A ce stade de notre information, la qualité de la prise en charge des équipes médicales et soignantes ne peut être mise en cause. Une analyse plus détaillée de la prise en charge et des causes du décès sera réalisée." La direction explique également que le service et l'équipe étaient au complet, "avec trois médecins seniors et trois internes présents", et que l'activité était "tout à fait normale".

De nouveaux locaux pour les urgences

Comme l'indique l'hôpital sur son site internet, le CHRU de Brest, qui se présente comme le "premier opérateur de santé de Bretagne occidentale", compte au total plus de 2500 lits, pour 460.000 consultations et 120.000 hospitalisations chaque année. Mais cette mort s'est déroulée dans un contexte particulier : l'ouverture des nouveaux locaux des urgences en octobre dernier.

Depuis plusieurs semaines, le personnel est mobilisé : ces nouveaux locaux sont sources de difficultés et de tensions pour le personnel, mais aussi pour les patients. "Les problèmes existaient déjà avant l'ouverture de ces nouvelles urgences, ils n'ont été que majorés. Les nouveaux locaux ont entraîné une hausse du nombre de passages de 20% depuis le début de l'année, dénonce pour metronews Thomas Bourhis, infirmier et secrétaire général de la CGT du CHRU de Brest. Mais sans augmentation des effectifs. La configuration modifie l'organisation du travail, avec plus de surface à couvrir, plus de distance et une zone de soins plus étendue."

Des brancards dans les couloirs

Pire, depuis plusieurs semaines, selon le syndicaliste, un phénomène se reproduit régulièrement : certains patients doivent attendre avant d'être pris en charge, parfois plusieurs heures, sur des brancards dans les couloirs. Des zones sans aucune surveillance médicale, selon lui. Fin janvier, la direction a pris des mesures : ouverture de dix lits supplémentaires, un aide-soignant pour l'accueil et l'orientation, et des renforts de nuit. Insuffisant selon la CGT, qui a demandé l'ouverture d'une enquête suite au décès de l'octogénaire. Le phénomène des brancards dans les couloirs continue.

Nouvelle rencontre avec la direction ce jeudi. Et nouvelles propositions, rejetées à l'unanimité par le personnel, qui a décidé de reconduire le mouvement. "La direction ne va pas assez loin dans les propositions, ajoute Thomas Bourhis. Elle pense que cette tension est liée à la période hivernale. En réalité, ses propositions sont très loin de nos revendications. Les urgences de Brest sont dimensionnées pour 25.000 personnes par an, alors que nous sommes aujourd'hui entre 40.000 et 45.000 (le CHRU donne le chiffre de 80.000 passages, ndlr). Il faudrait quasiment doubler les effectifs de manière pérenne. On a des locaux neufs, mais pas de moyens humains."

"Sans personnel, le problème reste le même"

La crise serait loin de se cantonner à ce seul service. "Lorsqu'il y a un engorgement aux urgences, une tension se créé à tous les autres niveaux", s'inquiète Thomas Bourhis. Sans compter que depuis la réorganisation des urgences et avec leur nouvelle configuration, les secrétaires se retrouvent isolées et seules au niveau de l'accueil, sans surveillance : deux d'entre elles ont été agressées. La mobilisation se poursuit : depuis la mi-janvier, le personnel des urgences observe un débrayage par semaine. Le prochain devrait avoir lieu jeudi.

À la suite du décès de l'octogénaire, la direction a proposé une réflexion sur l'identification d'un espace d'accueil au sein du service des urgences réservé aux patients sur brancards. "Mais sans personnel pour les surveiller, ajoute Thomas Bourhis, le problème reste le même. "Contacté par metronews, le service de communication de l'hôpital n'a, pour l'heure, pas retourné nos appels.