Jusqu'en 2011, Moti Kahana était un homme d'affaires à succès et sans histoire. C’était sans compter la crise au Moyen-Orient, qui a donné envie à ce milliardaire israélien à "sauver" les juifs en danger dans la région. Au risque de s’attirer les foudres des autorités de son pays, qui contestent ses méthodes.

Les critiques ont débuté fin 2015, quand Moti Kahana apparaît pour la première fois en une de la presse israélienne. Il explique alors avoir exfiltré trois des derniers juifs de Syrie. Les trois femmes, une mère et ses deux filles qui vivaient dans la ville d'Alep ravagée par la guerre, ne savaient rien de l'opération jusqu'à ce que des hommes de main ne les fassent monter dans un minibus, avec le mari et les trois enfants de l'une d'elles. Moti Kahana affirme avoir agi à la demande du fils d'une des femmes, installé à New York. Problème : seules deux des juives d'Alep ont pu entrer en Israël, qui a refusé un visa à la troisième au motif qu'elle s'était convertie à l'islam en épousant un musulman. Elle a dû rentrer dans la Syrie en guerre avec son mari et ses trois enfants.

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"Je ne leur dis même pas qu'ils doivent aller en Israël"

Cet imbroglio illustre le malaise entourant les activités de Moti Kahana. Beaucoup s'interrogent en effet sur les raisons pour lesquelles le millionnaire consacre autant de temps et d'argent à cette cause. Surtout qu'Israël n'est pas toujours prêt à accueillir ces personnes et que certains d'entre eux n'ont jamais demandé à être "secourus". "Je ne leur dis même pas qu'ils doivent aller en Israël", s’est défendu cette semaine l'homme lors d'un entretien avec l'AFP.

Issu d'une famille juive en partie décimée dans les pogroms en Roumanie durant la Deuxième Guerre mondiale, ce "self-made man" de 48 ans est né à Jérusalem de parents juifs roumains ayant immigré après la Seconde Guerre mondiale. Il part aux Etats-Unis à 20 ans et y fait fortune dans la location de voitures. En 2009, il vend l'affaire à une grande société pour des millions de dollars. Une somme qui lui a permis de financer ses activités de "secouriste" : celui qui revendique d'autres opérations d'exfiltration de juifs d'Iran ou du Yémen affirme avoir dépensé deux millions d'euros en cinq ans, dont une bonne part pour aider des réfugiés non-juifs de Syrie.

Moti Kahana affirme aujourd’hui avoir réussi à relocaliser des dizaines de juifs à travers le Moyen-Orient, dont vingt de Syrie. Un interventionnisme qui n’est pas du goût de l'Agence juive. Cet organisme semi-gouvernemental israélien chargé d'organiser l'immigration des juifs lui reproche d'avoir "induit en erreur des gens pendant trop longtemps et de jouer avec leur vie". "Il ferait mieux d'arrêter de mettre des vies en danger pour sa propre gloriole", ajoute le porte-parole de l'organisation Yigal Palmor. L'Agence pourrait toutefois être bientôt débarrassée de lui : "J'ai dépensé tout mon argent", assure-t-il. "C'est fini pour moi. Je vais peut-être devoir reprendre les affaires très bientôt".

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