Les "Manifestations du lundi" qui ont fait vaciller le communisme dans l’ex-RDA reprennent du service. Sauf que, 25 ans plus tard, les manifestants ne dénoncent plus l’autoritarisme de l’Allemagne mais son "islamisation". Düsseldorf, Munich ou Rostock... La vague populiste a rapidement essaimé dans le pays en quelques semaines, rassemblant jusqu’à 10.000 personnes à la mi-décembre à Dresde. Ce lundi, ils étaient près de 18.000 dans les rues.

La capitale de la Saxe symbolise à elle seule ce mouvement anti-immigrés. En grande partie en raison de la montée en puissance des "Européens patriotes contre l'islamisation de l'Occident" (Pegida), un mouvement populiste encore inconnu en octobre. "Ce groupe mélange des extrémistes et des citoyens tout à fait 'normaux' contre un ennemi commun, le migrant", analyse pour metronews Nele Wissmann, chargée de mission au Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l’Ifri (Institut français des relations internationales).

L'Allemagne, première terre d’accueil du continent

Étudiants, retraités, femmes de ménage et familles au complet : dans les rues de Dresde, c’est la société civile qui a ainsi défilé aux côtés de quelques néonazis. La fin d’un tabou ? "Avant, il y avait déjà ces préjugés contre les immigrés, relève Nele Wissmann. Maintenant, on ose en parler." Selon un récent sondage, 49% des Allemands comprennent que les gens manifestent contre l’islamisation.

Une dérive populiste qui ne doit rien au hasard. Considérée comme un ilot de prospérité, l’Allemagne est devenue en 2012 selon l’OCDE la principale destination d’immigration en Europe, accueillant cette année-là 400.000 personnes, surtout originaires d'Europe centrale et de l'Est. En outre, elle est la première terre d’accueil du continent pour les demandeurs d’asile : près de 180.000 réfugiés - Syrie, Irak, Somalie... - ont été accueillis depuis janvier. Une réalité sur laquelle les autorités préfèrent jeter un voile.

"L’Allemagne, de peur d’affronter des vieux démons et de parler de certaines questions, ne voulait pas être considérée comme un pays d’immigration, nous explique la chercheuse du Cerfa. Sauf que le problème est là, et les autorités ont réagi trop tard". Ce lundi, la chancelière Angela Merkel a assuré qu’il n’y avait pas de place pour "l'incitation à la haine et la calomnie" envers les étrangers. La crise de tolérance est pourtant une réalité : mi-décembre, près de Nuremberg (sud), trois bâtiments vides destinés à accueillir des réfugiés ont été endommagés par un incendie, vraisemblablement criminel. Des inscriptions racistes et des croix gammées ont été retrouvées sur place.