Vous publiez jeudi un livre, "Marseille ma capitale", dans lequel vous annoncez votre candidature aux municipales. Pourquoi ce choix ?
Ce livre, c'est une déclaration d'amour à ma ville, une profession de foi. J’avais dit que je serai candidate à la mairie si j’en avais envie à 100 %. Aujourd’hui, je crois que les Marseillais sont prêts à un rebond. Je le suis également. Les circonstances ont aussi guidé ma candidature : j'ai remporté les législatives de juin dans une circonscription où personne ne me voyait gagner. A présent, les sondages me donnent en tête... les Marseillaises et les Marseillais que je rencontre me demandent de me présenter.

Vous annoncez votre candidature alors que la fédération PS des Bouches-du-Rhône, en proie aux affaires, vient d’être mise sous tutelle par le bureau national. Êtes-vous favorable à un tel électrochoc ?
Cela fait longtemps que je ne veux plus me prononcer sur la fédération du PS. Aujourd'hui, ce qui m'intéresse, c'est de porter un projet pour les Marseillais. Mais il est vrai que ma famille politique ne donne pas une bonne image. Donc si cette mise sous tutelle est un électrochoc, tant mieux. Il faut plus de transparence : on a besoin de réconcilier les Marseillais avec leurs élus.

Les postulants à la mairie ne manquent pas à gauche. Etes-vous disposée à participer à des primaires ouvertes pour vous départager ?
Il y a plein de façons de faire. Moi, je propose que l’on fasse comme à Paris, c’est-à-dire que l’intérêt général l’emporte. Là-bas, Jean-Marie Le Guen s’est rangé derrière Anne Hidalgo. Ils ont décidé de ne pas se déchirer et ils sont maintenant ensemble pour gagner. Ce qui est valable pour les Parisiens peut aussi l'être pour les Marseillais.

Vous croyez à un rassemblement derrière votre candidature ?
Je souhaiterais que l’on se range derrière le ou la mieux placé. A priori au vu des sondages, même si ce ne sont que des sondages et que je suis lucide, pour l'instant c'est moi.

Que craignez-vous en cas de primaires ? Une guerre fratricide ?
Je ne crains pas le vote des Marseillais, au contraire. Mais je ne veux pas de primaires qui soient un pugilat, une machine à perdre. C’est en amont qu’il peut y avoir des problèmes : comment les listes électorales vont être faites ? Qui va tenir les bureaux de vote ? Est-ce que le président du Conseil général Jean-Noël Guérini, tirera les ficelles ? Il a lui-même dit en avoir les moyens. Je connais bien mon parti. Ses qualités mais aussi ses dérives.

Bernard Tapie pourrait être tenté de se lancer dans la course. Est-ce une hypothèse que vous redoutez ?
La question ne se pose pas aujourd'hui : il a dit qu'il n'était pas candidat, je le crois. Ce qui est sûr, c'est que je ne redoute rien.

Si vous êtes désignée candidate, resterez-vous ministre pendant la campagne ?
Je pense que oui. En tout cas, je démissionnerai dès que je serai élue. Je serai maire à 100%.

Marseille a connu quatre règlements de compte en quinze jours. Le gouvernement en fait-il assez pour lutter contre l'insécurité dans la ville ?
La violence se développe sur le terreau de la pauvreté : nos quartiers ont été laissés à l'abandon et aujourd'hui, le taux de chômage atteint 30%, 40%, 50% selon les cités. Face à ce constat, Manuel Valls fait tout ce qu'il a à faire. Il a pris des initiatives pour créer un préfet de police à Marseille, les renforts de forces de sécurité sont arrivés, un travail précis a été mis en place entre la police et la justice pour démanteler les réseaux...

Lundi matin encore, le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin réclamait "l'aide de l'Etat"...
Mais elle est arrivée ! Jamais on a eu autant de moyens ni une telle volonté politique. Jean-Claude Gaudin ferait mieux de se demander comment il organise sa police municipale. Moi, je veux porter la tranquillité et la paix à Marseille. J'en ai assez qu'on montre une image négative de ma ville au gré des faits divers. Je veux changer cette image, car c'est la base d'un meilleur développement économique.

François Hollande fait 67% de mécontents selon notre dernier baromètre OpinionWay. Y a-t-il un divorce entre le chef de l'Etat et les Français ?
Non, je crois qu'il y a une énorme attente : beaucoup ont voulu le changement très vite et, peut-être, ont entendu des promesses qui n'ont jamais été faites. Mais François Hollande fait exactement ce qu'il a dit pendant sa campagne. Il s'est emparé d'une situation de crise importante, d'un déficit budgétaire énorme. En même temps, on mène une politique de justice sociale, on ne baisse pas les salaires comme ailleurs, et toutes nos mesures n'ont qu'un seul but : créer des emplois. Bien sûr que la situation des sondages ne me fait pas plaisir, comme elle ne doit pas lui plaire non plus. Mais on doit tenir le cap et les bénéfices s'en ressentiront.

Jean-Marc Ayrault demande aux ministres de faire des économies. Un portefeuille social comme le vôtre sera-t-il aussi impacté ?

J'ai la même feuille de route que les autres et je pense que je serai comme tout le monde impactée. Mais je défendrai la cause de mon ministère avec acharnement, pour faire avancer les dossiers qui me tiennent à cœur : la lutte contre la pauvreté, avec notamment l'augmentation du RSA socle le 1er septembre, la question du handicap sur laquelle nous préparons un comité interministériel en juin, le plan autisme que je veux relancer...

Le départ forcé de Jérôme Cahuzac est-il un coup dur pour le gouvernement ?

Le gouvernement perd un ministre très compétent. Jérôme Cahuzac a pris ses responsabilités et a fait preuve de dignité. Je salue sa décision.

Des mesures d'économie doivent être prochainement annoncées pour la branche famille de la Sécurité sociale. Etes-vous favorable à la diminution par deux des allocations familiales pour les ménages aisés, comme l'a proposé le député PS Gérard Bapt ?
Je ne sais pas s'il faut diviser par deux, mais je pense que les ménages aisés doivent effectivement faire un effort et que les prestations familiales doivent davantage s'orienter vers ceux qui en ont réellement besoin. Maintenant, je ne suis pas forcément pour la fiscalisation de l'ensemble des allocations familiales, parce que cela pourrait aboutir à ce que des ménages pauvres qui ne paient pas d'impôt aujourd'hui aient à le faire. Un groupe de travail présidé par Bertrand Fragonard a été mis en place. Nous devons attendre ses préconisations et voir comment, là aussi, on met plus de justice.

Un projet de loi sur le non-cumul des mandats doit être présenté dans les prochains semaines, mais il ne pourrait s'appliquer qu'en 2017. Est-ce qu'un tel report vous convient ?

D'abord, je veux que l'on acte le non-cumul, parce que cela a été proposé pendant la campagne et que c'est une attente des Français. Maintenant, pour le bon fonctionnement de la République et pour éviter un brusque mini-remaniement à l'Assemblée, je peux comprendre un tel report. Mais j'attends de voir ce qui sera voté.