Metro - Lors du comité interministériel du 30 novembre prochain, vous allez annoncer une série de mesures pour lutter contre les violences faites aux femmes. Quelles sont les principales ?


Najat Vallaud-Belkacem - "Les femmes doivent être protégées par la voie pénale quand elles sont décidées à porter plainte avec des procédures pénales rapides, des sanctions fermes et un meilleur suivi des auteurs pour prévenir la récidive. Mais également quand aucune plainte n'est déposée, par la voie civile. A cet égard, nous avons depuis 2010 un très bon dispositif législatif, l'ordonnance de protection, mais qui est insuffisamment appliqué. On va le réactiver. Nous travaillons également avec Cécile Duflot au renforcement des capacités d'accueil dans les hébergements d'urgence mais aussi à la réservation d'un certain nombre de logements sociaux pérennes sur tous les territoires. Enfin, les téléphones portables d'urgence aujourd'hui expérimentés dans quatre départements seulement et qui ont fait leurs preuves, seront généralisés a l'ensemble du territoire en 2013".

Vous songez également à mieux former les acteurs intervenant auprès des victimes...
Quand une femme vient enfin déposer plainte et que cela se termine par une simple main courante, cela veut dire que quelque chose pèche dans le dispositif. On doit se poser la question de l’accueil réservé à ces situations dans les commissariats, les gendarmeries. Je pense également aux professionnels de santé qui doivent être formés à mieux détecter les violences conjugales. Nous organisons ce vendredi une grande réunion de travail avec 500 professionnels de tous les secteurs qui va justement lancer la construction d'un plan de formation interdisciplinaire pour qu’aucun maillon de la chaîne ne manque dans la protection et l’accompagnement vers la sortie des femmes victimes de violence.

Pourquoi les violences conjugales restent-elles un sujet tabou ?
On a trop souvent tendance à considérer qu'elles sont de l'ordre du privé, de l'intimité. C'est parce qu'on considère qu'elles relèvent du huis clos qu'on les minimise. Quand on regarde les chiffres, on se rend pourtant compte que les violences intra-familiales sont très répandues. Il faut donc inciter les femmes à parler mais aussi, leur entourage. Nous allons mener des campagnes de prévention pour que tout le monde prenne conscience qu'il s'agit d'une responsabilité collective.

"Nous allons réactiver l'éducation à la sexualité"

Nombre d'associations évoquent la nécessité d'un travail en amont, dès la petite enfance, autour des représentations, des stéréotypes... Le gouvernement travaille-t-il là-dessus ?
Nous sommes en train de mettre en place certains dispositifs avec Vincent Peillon, notamment le fait d'intégrer dans la formation des personnels d'éducation un module d'apprentissage à l'égalité entre les sexes et de déconstruction des stéréotypes. Et puis surtout, nous allons réactiver l'éducation à la sexualité, prévue par les textes, mais qui n'a quasi jamais été mise en œuvre dans les établissements scolaires. L'école doit apprendre à un garçon que quand une fille dit non, c'est non, contrairement à ce qu'il peut parfois voir sur Internet ou à la télévision. Filles et garçons apprendre qu'une relation se construit dans le respect, la dignité... C'est par ce type de messages que l'on préviendra les phénomènes de violences sexuelles à l'égard des femmes et plus généralement, les problèmes d'inégalités dans notre société.

Les associations réclament une loi-cadre. Que leur répondez-vous ?
Il y a des dispositions à adopter sur un certains nombres de points pour compléter et rendre plus protecteur le cadre législatif de lutte contre ces violences. Cela étant, la loi ce n'est pas l'alpha et l'oméga. En matière d'égalité homme/femme, il y a déjà beaucoup de lois en vigueur qui ne sont tout bonnement pas appliquées. Je pense qu'il faut travailler sur les deux fronts : à la fois s'interroger sur la façon d'améliorer la loi mais également veiller à l'effectivité de son application.

Cette semaine, une cinquantaine d'associations ont demandé à François Hollande de "réaffirmer la position abolitionniste de la France". Le fera-t-il ?
La prostitution est une violence faite aux femmes. Et à ce titre nous devons lutter contre. Il ne faut pas qu'il y ait de malentendu : la position abolitionniste de la France ne fait aucun doute. Nous sommes en train de travailler, en lien avec le parlement, sur des solutions plus globales que les seules questions pénales. Le délit de racolage passif sera abrogé car nous estimons que c'est une façon de pénaliser les prostituées qui sont victimes elles-mêmes de la prostitution. C'est une double peine.