"La question n'est pas de savoir si nous voulons abolir la prostitution - la réponse est oui - mais de nous donner les moyens de le faire". Déclaration signée Najat Vallaud-Belkacem dans le Journal du Dimanche. La ministre des Droits des femmes a décidé de partir en guerre contre la prostitution, un combat loin d'être gagné. Car l'abolitionnisme divise depuis longtemps les associations et se heurte à l'opposition des prostitué(e)s indépendant(e)s estimant qu'il mettrait en danger leur subsistance et leur sécurité, les poussant vers toujours plus de clandestinité.
Pourtant la ministre reste ferme : "Mon objectif, comme celui du PS, c'est de voir la prostitution disparaître." En France, le recours à une personne prostituée n'est pas un délit. Mais depuis 2003, le pays tergiverse encore à propos d'une loi ambiguë, d’une pratique qu’elle n’interdit pas mais qu'elle n’autorise pas non plus. La loi de mars 2003 précarise en effet la situation des prostituées en créant un délit de racolage passif passible de deux mois d'emprisonnement et de 3.750 euros d'amende. Un texte qui dans les faits est peu appliqué et ne prévoit rien contre les clients.
"Je ne suis pas naïve, le chantier sera long"
Le candidat Hollande d'alors, avait dit son intention de supprimer ce délit de racolage qui conduisait "à repousser la prostitution dans des zones peu accessibles pour les associations". Et d'expliquer que la réflexion sur la pénalisation des clients devait être ouverte. Il faisait alors valoir que "disposer librement du corps d'une autre personne" contre paiement était "dans les textes internationaux, (...) une atteinte aux droits humains".
"Je ne suis pas naïve, je sais que ce sera un chantier de long terme", poursuit Mme Vallaud-Belkacem dans le JDD anticipant les futures critiques. La "position abolitionniste" du Parti socialiste est "le fruit d'une réflexion tirant les leçons des insuffisances des dispositifs actuels", explique-t-elle. Selon Guy Geoffroy, le député socialiste à l'origine d'une résolution parlementaire de 2011 préconisant de pénaliser les clients, "neuf personnes prostituées sur dix sont victimes de la traite des êtres humains". Rappelant le vote de cette résolution, la ministre assure qu'avec son homologue à l'Intérieur Manuel Valls ils "ne resteront pas inactifs sur cette question". "Pour tirer toutes les conséquences de la résolution de l'Assemblée nationale, nous organiserons une conférence de consensus".
Des chiffres flous
La pénalisation des clients sur le modèle de ce qui se fait en Suède depuis 1999 avait été défendue l'année dernière par Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé. On parle aujourd’hui de 18 000 à 20 000 prostitués dont plus de 5 000 pour Paris et sa région, sans compter les 60 000 prostitué(e)s dit(e)s "occasionnel(le)s". Des chiffres fréquemment diffusés par les associations et la police depuis plusieurs années mais qui restent assez vagues sur l'évolution du phénomène. 70 à 80% des personnes prostituées seraient des femmes et 80% des étrangers (Balkans, Afrique, Amérique du Sud, Chine).
"Sans aucun jugement moral, il s'agit de protéger l'immense majorité des prostituées, qui sont d'abord des victimes de violences de la part des réseaux, des proxénètes", fait valoir Najat Vallaud-Belkacem. Dont la tâche risque d'être ardue. Le préfet de police de Paris Bernard Boucault a indiqué cette semaine que le nombre de personnes faisant commerce de leur corps avait doublé en 2011 dans le Bois de Boulogne, haut-lieu de la prostitution parisienne.

















