La Croix-Rouge tire la sonnette d'alarme. Les affrontements font rage entre l'armée et les islamistes de Boko Haram au nord-est du Nigeria. Des combats qui ont fait 187 morts et 77 blessés depuis vendredi, selon l'organisation. "Jusqu'à présent, 187 morts ont été enterrés, et 77 personnes sont hospitalisées. Plus de 300 maisons ont brûlé", a déclaré lundi un porte-parole, Nwakpa O. Nwakpa. Parmi les victimes : des insurgés islamistes, des soldats, mais aussi des civils. Un bilan beaucoup plus lourd que les "dizaines de morts" annoncées jusqu'ici par une source gouvernementale.

Les fusillades ont éclaté vendredi dans le village de pêcheur isolé de Baga, sur les rives du lac Tchad, où est basé le groupe islamiste nigérian Boko Haram. L'armée, qui cherchait à débusquer des combattants armés, aurait lancé l'assaut sur une mosquée. Trois jours après, près de la moitié de la localité de Baga aurait été détruite par les flammes. "De nombreux habitants sont toujours portés disparus et pour le moment on suppose qu'ils ont fui dans la brousse", a déclaré lundi à l'AFP un responsable des services de secours.

Les autorités nigérianes nient ces chiffres

Ces affrontements témoignent de la guerre sans merci que se livrent les combattants de Boko Haram et de l'armée nigériane depuis 2009. Lancé il y a une dizaine d'années, ce mouvement armé, dont le nom signifie en langue haoussa "l'éducation occidentale est un péché", veut imposer un Etat islamique dans le nord du pays, à majorité musulmane, avec une stricte application de la charia. Le groupe s'était également revendiqué à l'origine de l'enlèvement de la famille Moulin-Fournier. Se réclamant des talibans afghans, Boko Haram avait lancé une insurrection en 2009, brutalement réprimée par l'armée. Bilan : près de 800 personnes tuées. Depuis cette date, Boko Haram n'a cessé d'intensifier ses attaques, et leur répression par l'armée ont fait au moins 3 000 morts.

Une guerre sur le terrain qui se traduit aussi par une guerre de chiffres. En effet, si la Croix Rouge parle aujourd'hui de 187 morts, les forces de sécurité nigérianes contestent ces informations, estimant que ce bilan est "extrêmement exagéré". La force conjointe de l'armée et de la police - déployée dans le nord-est pour combattre les islamistes dans le cadre d'une mission appelée "rétablissons l'ordre" - minimise souvent le nombre de personnes tuées lors des affrontements. Pointée du doigt par les habitants, elle est en outre accusée d'exécutions sommaires et de violences envers les civils par diverses organisations internationales de défense des droits de l'Homme.