En plein débat sur les moyens alloués à la lutte contre le terrorisme après l'attentat de Nice, la députée LR Nathalie Kosciusko-Morizet a proposé mercredi, à l'Assemblée nationale, de rendre le salafisme illégal pour mieux lutter contre le phénomène de radicalisation. Une proposition retoquée par Manuel Valls, qui l'estimait irréalisable. Pourtant, le Premier ministre avait partagé le même diagnostic en avril dernier, jugeant que ce courant, même minoritaire, était en train "de gagner la bataille idéologique et culturelle". Mais que recouvre exactement le terme de "salafisme" et que représente-t-il dans la religion musulmane ? Metronews fait le point.

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Partisan d'une pratique rigoriste de l'islam, un salafiste peut être considéré comme un musulman "ultra-orthodoxe". Ce mouvement sunnite se réfère aux "salafs", les "prédécesseurs", c’est-à-dire les premiers compagnons du prophète Mahomet. Les salafistes prônent le respect aveugle de la sunna (la tradition islamique comprenant le Coran, les hadiths et la sira).

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"Une centaine de lieux de culte en France"

Interrogé il y a quelques semaines par metronews, Samir Amghar, sociologue et spécialiste de ce courant de l'islam, relevait que le salafisme "ne se reconnaît pas dans la République et la démocratie, mais il ne les conteste pas, il s'en accommode. Il les critique, car elles ne correspondent pas à ses valeurs, mais ne va pas s'y opposer frontalement."

De ce fait, certains présentent le salafisme comme la porte d’entrée vers le djihadisme (Manuel Valls a répété que le salafisme est "souvent l'antichambre de la radicalisation, et la radicalisation, elle peut conduire au terrorisme"). Or, toujours selon Samir Amghar, "le salafisme tel qu'il est vécu en France et le djihadisme relèvent de logiques complètement différentes. L'un s'inscrit dans une logique quiétiste, pacifique, l'autre dans une logique violente. Ils ne se nourrissent pas l'un l'autre."

C’est cette approche pacifique du salafisme qui domine en France. Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, entre 12.000 et 15.000 personnes s’en réclament en dans l'Hexagone. "Elles disposent d'une centaine de lieux de culte qui ne sont pas forcément des mosquées, mais des salles de prières dans des caves, des immeubles, précisait Samir Amghar. Le problème en France, c'est qu'il y a une difficulté à penser que ces individus puissent avoir des positionnements ultraorthodoxes, radicaux d'un point de vue religieux, tout en respectant la légalité. C'est quelque chose qui paraît inconcevable."

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