Près de quatre semaines après son ouverture, le procès d'Anders Breivik en Norvège a connu son premier incident. Habitué à ce que la cour l'écoute en silence, l'extrémiste de droite a été surpris lorsqu'un homme s'est levé soudainement pour lui lancer une chaussure en plein visage, lors de l'audience du 11 mai. "Tu es un tueur, va en enfer", lui aurait spontanément crié cet homme, frère d'une des 69 personnes tuées lors de la fusillade commise par Breivik sur l'île d'Utoeya.
Lancée depuis le public où étaient réunis de nombreuses familles, la chaussure n'a pas touché le tireur, mais son avocate. L'incident a immédiatement entraîné des applaudissements de la part du public mais aussi la suspension de cette 17ème journée de procès. A la reprise de l'audience quelques minutes plus tard, Anders Breivik s'est adressé au public: "Si quelqu'un veut me jeter quelque chose dessus, qu'il le fasse sur moi quand j'entre ou je sors, pas sur mon avocat". Malgré les nombreuses provocations de cet homme de 33 ans, jamais un tel contretemps ne s'était passé depuis le début du procès. Jusqu'à présent, les audiences avaient été marquées par des effusions de larmes, mais ni les survivants d'Utoeya ni les proches des victimes n'avaient directement apostrophé l'accusé.
Une procédure "particulièrement lourde"
Avant de suspendre de nouveau la séance à la mi-journée, la juge Wenche Elizabeth Arntzen a salué la dignité des familles des victimes qui a caractérisé le procès jusqu'à présent. "Je tiens à remercier tous ceux qui ont contribué à faire en sorte que cette procédure particulièrement lourde se soit tenue d'une manière sage et respectueuse". Sur Utoeya, la plupart des victimes étaient des adolescents que Breivik a qualifiés de "cibles légitimes" car membres d'un mouvement politique qui fait, selon lui, le lit de l'islam et du multiculturalisme en Norvège.
Déclaré psychotique par une première évaluation psychiatrique, infirmée par une contre-expertise, l'extrémiste - qui reconnaît les faits mais plaide non-coupable - tient à être jugé sain d'esprit pour ne pas voir son idéologie invalidée par un diagnostic. S'il est reconnu pénalement irresponsable, il risque l'internement psychiatrique à vie. Responsable, il encourt 21 ans de prison, une peine qui pourrait être prolongée aussi longtemps qu'il sera jugé dangereux. Les juges du tribunal d'Oslo devront trancher la question dans leur verdict attendu en juillet.

















