"Notre histoire est une histoire terrible, mais c'est une belle histoire" a déclaré Marie-Claude Tjibaou, la femme de Jean-Marie Tjibaou, le leader indépendantiste néo-calédonien signataire des accords de Matignon en 1989, abattu cette année-là par l'un des siens à Ouvéa, là même où un an plus tôt la prise d'otages de gendarmes s'était dénouée dans le sang.

Le souvenir d'un drame national

Pour mémoire, le 22 avril 1988, un commando armé du FLNKS avait donné l'assaut contre la gendarmerie de Fayaoué, tuant quatre militaires et se retranchant avec une vingtaine d'autres dans la grotte de Gossanah, sur le même atoll de Nouvelle-Calédonie.

Un accord de paix fut signé le 27 juin de la même année à Matignon, sous la houlette du Premier ministre de l'époque, Michel Rocard, prévoyant un référendum sur l'autodétermination de l'archipel sous dix ans. Un an plus tard, le 4 mai 1989, deux leaders de l'organisation indépendantiste kanake, Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné, furent assassinés sur les lieux par l'un de leurs proches, Djubelly Wéa, aussitôt abattu lui-même.

Des veuves montrent l'exemple

Ce 27 juillet 2013, les veuves de ces trois hommes en tête, en présence notamment du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, un cortège officiel s'est rendu sur les lieux de ces événements et a marqué trois temps de silence hautement symboliques, devant la stèle en l'honneur des gendarmes tués, devant celle à la mémoire des indépendantistes abattus lors de l'assaut contre la grotte d'Ouvéa, et précisément là où leurs maris sont morts.

Moins de dix ans après les faits, en 1996, les familles des militaires et de leurs ravisseurs scellaient déjà la réconciliation. Celle-ci aura pris plus de temps entre les tribus kanakes divisées, qui en 2004 ont finalement planté des arbres ensemble en signe de pardon, au sein de la chefferie de Hwadrilla, où Tjibaou, son second et leur meurtrier sont tombés.

"Chez nous, la réconciliation est réelle : regardez, je suis là avec Mme Tjibaou, avec l'épouse de M. Wéa" a déclaré tremblante Mme Hnadrune Yeiwéné, concédant que "c'est difficile parce qu'on n'oubliera jamais nos maris", mais insistant sur le fait que "savoir accepter le pardon, c'est sacré". D'une même voix, la femme du tueur, Djubelly Wéa a chuchoté que désormais, elle appartenait "à la même famille" que ses camarades d'infortune.

Rendez-vous l'an prochain

Devant le conifère ramené de leurs terres et planté là en 2004 à la mémoire de leur père par les enfants de M. Tjibaou, Jean-Marc Ayrault a salué "ceux qui ont fait un travail de deuil, un travail de mémoire et un travail extraordinaire de réconciliation qui est riche d'enseignements et de promesses pour l'avenir".

Techniquement, alors qu'à partir de 2014, avec un peu de retard, le fameux référendum d'autodétermination prévu par les accords de Matignon pourra être organisé, il s'agira de poser les bases d'un "destin commun" entre les différentes communautés qui peuplent la Nouvelle-Calédonie. Avec ou sans la France...