Les stress-tests n'ont pas convaincu tout le monde. Greenpeace a présenté ce lundi une contre-expertise des évaluations complémentaires de sûreté, effectuées par EDF et Areva après l'accident nucléaire de Fukushima, qui montre des failles à la fois dans la méthode de ces tests et dans la conception des installations françaises.

Pas de nouvelles études
Premier problème noté par les deux auteurs, Arjuin Mahkijani, de l'IEER (Institute for Energy and Environmental Research) et Yves Marignac, du Wise-Paris (World Information Service on Energy) : ces évaluations n'ont pas pu, faute de temps, s'appuyer sur de nouvelles études, et se contentent donc de "jugements d'experts".

Le problème crucial du vieillissement
Surtout, les stress-tests ne prennent pas en compte le vieillissement des installations "qui augmente le risque de défaillances des dispositifs et de rupture d'éléments matériels" comme la cuve ou l'enceinte des réacteurs, qui ne peuvent pas être remplacés. Une question cruciale alors que le gouvernement envisage de prolonger la durée de vie des centrales jusqu'à soixante ans. "La température à laquelle l'acier perd sa souplesse et devient cassant diminue à mesure que la cuve est irradiée, explique Yves Marignac, joint par Metro. Certaines cuves vont atteindre leur point de fragilisation dans les cinq ans à venir."

Les réacteurs récents, plus vulnérables aux explosions
Deuxième problème : la conception des réacteurs. « Tous ne sont pas équivalent par rapport aux risques », note Yves Marignac. Les plus anciens, de 900 MW, sont dotés d'une simple paroi de béton, alors que les plus récents en ont une double (1 300 et 1 450 MW). En revanche, ces derniers n'ont plus de peau métallique isolante à l'intérieur, et résistent donc moins à une explosion interne d'hydrogène. Et aucune des piscines de refroidissement, ni dans les centrales ni dans l'usine de La Hague, ne dispose d'enceinte de confinement. Or, l'accident de Fukushima a montré leur vulnérabilité.

Zirconium et MOX
Le rapport pointe d'autres problèmes techniques, qui n'ont pas été pris en compte par les évaluations de sûreté, par exemple l'utilisation du zirconium dans les gaines de combustibles, qui augmente le risque d'explosion d'hydrogène, et les dangers du MOX, mélange de plutonium et d'uranium, utilisé dans vingt-et-un réacteurs en France.

"Au milieu du gué"
"Nous sommes au milieu du gué, conclut Yves Marignac. La démarche d'évaluation n'est réellement bonne que si elle est exhaustive, ce qui n'est pas le cas pour le moment."