La presse en parle, la pub l’annonce : le dernier Guillaume Musso est un bestseller en puissance. Pour lire Demain, son dernier opus, il vous en coûtera 21,90 euros, prix éditeur, moins les 5 % qu’accordent certains libraires soit 21,81 euros. Rapidement l’ouvrage sera disponible sur les sites PriceMinister ou Amazon autour de 14 euros, revente d’un lecteur de la première heure, d’un cadeau, d’un service de presse de l’éditeur…

Mais en est-t-il de même pour tous les ouvrages ? "L’avenir et la durée d’un livre n’est pas la même, évoque Pascal Lenoir, directeur de production chez Gallimard, entre une Pléiade, un guide touristique et un livre scolaire. Il y a ceux que l’on garde et ceux destinés à changer de mains".

Musso racheté 50 % du prix du neuf

Les scolaires et autres ouvrages d’occasion, c’est l’âme du libraire parisien Gibert Jeune, et ce depuis1886. Aujourd’hui avec "La bourse des livres", il rachète et revend environ 1,2 million de livres par an. Les deux derniers Musso seront donc rachetés, selon un barème maison basé sur l’offre et la demande, environ 50 % du prix neuf pour être revendus autour de 15 euros. Mais selon les titres, l’auteur ou l’intérêt, la cote de rachat peut tomber à 15 %. "Quatre personnes travaillent à plein temps sur la mise à jour des achats et sur la cote, des livres", explique Luc Deverge, directeur de Gibert Jeune.

Enfin, trop d’exemplaires en stock ou un mauvais état général et les livres ne sont pas repris. Il est alors possible de les laisser dans un bac prévu à cet effet. "Ils sont offerts à des associations qui en font la demande, précise Luc Deverge, et les scolaires partent le plus souvent dans des pays d‘Afriques". Quant à ceux qui souhaitent revendre en direct, il reste évidemment les vide-greniers et les sites d’occasion comme eBay ou LeBonCoin, où notre dernier Musso est disponible à moins de 10 euros.

Il n’y a pas que l’argent...

Nombreuses sont les associations, mairies ou bibliothèques qui recueillent des dons de livres, essentiellement des romans, livres d'histoire ou biographies. A la Librairie Solidaire (Paris 10ème), également association de réinsertion qui reçoit une centaine de livres par semaine, on y retrouve souvent les ouvrages de Musso. "Nous en avons vendus, depuis notre ouverture en décembre 2011, une dizaine d’exemplaires à… 1 euro, déclare Mathild, la libraire.

En amont, chez les éditeurs, "le taux d’ouvrages partant au pilon, tout éditeurs et livres confondus, est de 9 % de la production", précise Pascal Lenoir. En cause, les frais de stockage dissuasifs des invendus, abimés, ou retours de libraires. Les palettes de livres passent alors de l’éditeur au distributeur et de celui-ci au "pilonneur" qui les achète à la tonne en fonction du marché du papier.

Réduit en pâte à papier et expédié en Chine

Broyés, pressés, ils finissent en balles prêtes à être revendues ou réduites en pâte, afin d’être de nouveau utilisés, "jusqu’à cinq fois pour un livre, ensuite, précise Géraldine Poivert, Directrice générale d’Ecofolio, la fibre du papier moins résistante se destine plutôt à des cartons". Ces balles resteront en France ou partiront, pour plus de 50 %, vers des pays émergeants, dont la Chine, grosse consommatrice de papier recyclé.

"Ils n’ont pas chez eux de structure de collecte, ajoute Géraldine Poivert, c’est ainsi que de nombreux porte-conteneurs chinois profitent de livraisons sur notre sol, pour ne pas repartir les cales vides." Autre solution plus proche de vous : déposer votre Musso sur le banc d'un parc en espérant qu'un lecteur curieux le fera circuler après l'avoir dévoré. Dernière option : le jeter dans sa poubelle de recyclage mais vous allez faire de la peine à Guillaume Musso...