Alors que les récentes élections législatives avaient soulevé un vent d'espoir démocratique en Irak, l'avenir politique du pays s'est soudain obscurci. Depuis une semaine, l'Etat islamique en Irak et au Levant, un groupe djihadiste qui cherche à créer un Etat islamique dans une zone frontalière avec la Syrie, a lancé une vaste offensive dans tout le pays. Ses combattants ont réussi à s'emparer de vastes territoires dans le nord, l'est et le centre. Parmi leurs conquêtes, deux villes symboliques : Mossoul, seconde ville et grande métropole commerciale, et Tikrit, berceau du régime de l'ancien dirigeant Saddam Hussein.

La spirale de la violence semble difficile à freiner. Ces mêmes djihadistes ont revendiqué sur Twitter la mise à mort de 1.700 soldats chiites irakiens qu'ils avaient fait prisonniers. Une manière pour eux de faire régner la terreur. "Tirer à bout portant sur plus d'un millier d'hommes dans une fosse commune, c'est très symbolique, cela témoigne de leur détermination", estime auprès de metronews Myriam Benraad,  chercheuse spécialiste du monde arabe et de l'Irak au Conseil européen des relations internationales (ECFR). Selon elle, la société irakienne reste prisonnière de la violence. "Le pays ne s'est pas réconcilié avec son passé et reste en prise avec les démons de l'ancien régime, ses massacres et ses exécutions sommaires."

La question d'une intervention américaine

L'avancée vers Bagdad n'a été stoppée dimanche qu'à quelque soixante kilomètres de la capitale. Selon les autorités irakiennes, les forces de sécurité ont "repris l'initiative" face aux insurgés, évoquant 279 "terroristes" tués ces dernières heures. "On peut s'attendre à une confrontation sans précédent, analyse Myriam Benraad. Les forces irakiennes sont affaiblies, divisées et se vouent une forte hostilité, de nombreux soldats ont fait défection ces derniers jours."

Face à l'escalade de la violence, la réponse internationale semble délicate. Les Etats-Unis, qui se disent "engagés à soutenir l'Irak", ont donné l'ordre de déployer un porte-avions dans le golfe Persique, dans l'éventualité d'une opération militaire. Pourtant, difficile d'imaginer une nouvelle intervention américaine, alors que les troupes ont achevé de se retirer en 2011. "Barack Obama est avant tout dans une logique de désengagement", remarque Myriam Benraad.

Le processus politique hypothéqué

Le conflit pourrait difficilement ne pas franchir ses frontières et risque de déstabiliser l'équilibre précaire de la zone. L'Iran s'est déclaré hostile à "toute intervention militaire étrangère en Irak" tout en se disant prêt à aider Bagdad. "En réalité, Téhéran est déjà présent sur le terrain et arme les milices chiites", observe Myriam Benraad. A l'échelle régionale, le schéma est explosif. "Les Etats-Unis ne peuvent leur laisser la main et abandonner l'Irak sous le contrôle de l'Iran et de ses ambitions hégémoniques."

La seule solution face à une telle division serait nationale et passerait par le dialogue. Mais, selon Myriam Benraad, les différentes parties ne sont pas dans cette logique d'apaisement. "Le pays se trouve dans une configuration conflictuelle qui pourrait hypothéquer l'ensemble du processus politique et remettre en cause l'avenir du pays."