Abandon de l’accent circonflexe, disparition du tiret pour quelques mots. C’est censé rendre les choses plus simples. Mais pas sûr que ça marche. Car la nouvelle réforme de l’orthographe qui va se mettre en place à la rentrée prochaine dans les manuels scolaires prend aussi en compte un goût bien français : celui des (très nombreuses) exceptions. Le point sur tout ce qui va changer… ou pas.

► Qu’est-ce qui change ?
La réforme est d’ampleur : plus de 2400 mots sont concernés. D’un côté, l’Académie a voulu une simplification de certaines règles. Par exemple, l’accent circonflexe sur le "u" et le "i" ne sera plus obligatoire. "Maîtresse" devient "maitresse", "s’entraîner" devient "s’entrainer", "coût" devient "cout", "paraître" devient "paraitre". En revanche, l’accent est conservé dans les cas où il a une importance pour le sens du mot, comme le participe passé de devoir, qui reste "dû". Comme "mûr", qui ne changera pas, prêtant sinon à confusion avec "mur".

► Des mots qui changent ?
Là encore, l’orthographe de certains mots va changer, pour les rendre plus simples. Voire plus phonétiques. Puristes, attention aux yeux : "oignon" devient ainsi "ognon", "nénuphar" s’écrira désormais "nénufar". "Picnic" sera désormais autorisé, et les traits d’union de mots composés avec "contre", "entre" et "extra" seront passés à la trappe. Avec la même règle, "week-end" s’écrira "weekend", "mille-pattes" devient "millepattes", "porte-monnaie" sera désormais "portemonnaie".

► Pourquoi cette réforme maintenant ?
En fait, le changement qui se profile à la rentrée 2016 pour les manuels scolaires n’a pas été décidé en coup de vent. Il a même été voté par l’Académie française… en 1990. Il a juste fallu attendre 26 ans pour que cette "orthographe modifiée" se mette en place, à la faveur des nouveaux programmes scolaires. Mais en 1990, le Journal officiel avait bien publié ces modifications, mais qui n’avaient aucune valeur contraignante. C’est ce qu’avait rappelé l’Académie, face à la levée de boucliers qu’avaient suscité à l’époque ces changements. Et dans les faits, depuis 1990, les deux orthographes, traditionnelle et "rectifiée" étaient tolérées dans les copies. Mais n’ayant aucune valeur obligatoire, les professeurs n’étaient pas tenus de l’enseigner à leurs élèves. A la rentrée 2016, les nouveaux livres d’orthographe et de grammaire porteront désormais un macaron avec la mention "Nouvelle orthographe".

► Pourquoi à l'époque cette réforme n’avait pas marché ?
Les enseignants étaient réticents à diffuser ces changements, et la nouvelle orthographe n’a donc pas été largement diffusée. Jusqu’à maintenant, la plupart des manuels scolaires ne l’avaient pas repris dans son ensemble. En novembre 2015 cependant, le Bulletin officiel sur les nouveaux programmes d'enseignement à l'école précisait bien que "l'enseignement de l'orthographe a pour référence les rectifications orthographiques publiées par le Journal officiel de la République française le 6 décembre 1990". La règle était donc déjà bien claire. Pourquoi alors cette mobilisation aujourd’hui ? Interrogée par le Figaro, une source du ministère de l’Education nationale indique que "visiblement certains éditeurs dont la liberté est totale ont décidé de la suivre alors qu'ils ne l'avaient pas fait précédemment". Quoiqu’il en soit, cette réforme suscite déjà une petite levée de boucliers sur les réseaux sociaux, chez les puristes de la langue française : le mot-dièse "je suis circonflexe" commence à faire florès sur Twitter. La querelle des Anciens contre les Modernes ne fait donc que commencer.

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