Renauld n’a eu le temps de prendre que ses clés et son téléphone portable. Vêtu d’un léger jogging, de tongs et d’un pull peu épais, il a dû sortir en urgence de son appartement. Il était 17h30 quand les policiers, cagoulés, sont entrés dans son logement situé au 185, boulevard du Général Delambre à Argenteuil (Val-d’Oise). "Ils nous ont demandé de sortir très rapidement. C'était impressionnant. Je n’ai rien pu prendre de plus", explique-t-il au beau milieu de la nuit, devant le périmètre de sécurité dressé par les policiers.

Trois heures plus tôt, les enquêteurs de la direction générale du renseignement intérieur (DGSI) ont interpellé dans la plus grande discrétion un homme qui s’apprêtait à rentrer à son domicile situé dans un des logements de cet immeuble de quatre étages. Cette arrestation s’inscrit dans le cadre d’une commission rogatoire lancée par un juge antiterroriste parisien dans un dossier terroriste ouvert il y a plusieurs mois.

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Sous le coup d’un mandat d’arrêt international

Reda Kriket, présenté par nos sources policières comme un "objectif prioritaire" et susceptible d'être "armé", est soupçonné d’avoir préparé un attentat "conduit à un stade avancé" et aurait été susceptible de passer rapidement à l’acte en France, selon le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve. Il avait déjà été condamné en son absence à 10 ans de prison dans un dossier terroriste, une filière d’acheminement de djihadistes vers la Syrie. Reda Kriket faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international. Bien qu'il ait été mis en cause dans cette affaire aux côtés d'Abdelhamid Abaaoud, architecte des attentats de Paris, rien ne dit qu'il soit impliqué dans les attaques du 13 novembre. Ce sont des écoutes téléphoniques et des investigations minutieuses qui ont amené les policiers à l’interpeller en pleine après-midi. Signe que le risque du passage à l’acte était imminent.

Rapidement emmené dans les locaux de la DGSI à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), il aurait alors révélé aux enquêteurs la présence d’explosifs au sein de son appartement. Immédiatement, ces derniers se sont rendus sur le site pour sécuriser les lieux, ce qui a entraîné cette opération de sécurisation. Selon nos informations, les policiers étaient à la recherche d’explosifs et d’armes au sein de l’appartement, mais aussi dans les parties communes et les caves de l’immeuble. Une petite quantité de TATP a d’ores et déjà été retrouvée au cours de la perquisition., ainsi qu'un certain nombre d'armes de guerre.

Les élus priés de ne pas intervenir

"Ça risque d’être long. De durer une bonne partie de la nuit", indiquait vers 1h du matin un policier aux quelques riverains évacués qui ne pouvaient pas regagner leur domicile. "J’ai cours demain. Je crois que la seule solution, c’est d’aller à l’hôtel. J’espère que la mairie pourra me rembourser", lâche un jeune homme de 21 ans, accompagné de son père et de sa mère. Des dizaines de curieux se sont rassemblés devant le périmètre de sécurité pendant une petite partie de la nuit. La plupart davantage intriguée par la présence des caméras que l’opération de déminage en cours.

Au fil des heures, l’agacement se fait ressentir. Un quadragénaire espère pouvoir rejoindre l’appartement d’une connaissance quelques rues plus loin. "On aurait pu quand même nous proposer d’aller dormir dans un gymnase ou une salle municipale", grince-t-il. Aucun élu de la ville d’Argenteuil ne s’est déplacé dans la soirée pour proposer un hébergement d’urgence. "Les autorités nous ont demandé de ne pas être présent. Nous obéissons", nous a répondu sur Twitter Georges Mothron, le maire (Les Républicains) de la ville. Un restaurant de quartier promettait de rester ouvert une bonne partie de la nuit pour accueillir les quelques habitants évacués. Ce vendredi matin, les perquisitions se poursuivaient, deux explosions de neutralisation ayant été entendues dans la ville.