La plus grande confusion régnait samedi à la mi-journée sur le sort de Denis Allex, l'otage français détenu par des islamistes en Somalie depuis plus de trois ans. Selon le ministère de la Défense, il aurait été exécuté par ses ravisseurs, la nuit dernière, lors de l'opération de la DGSE visant à le libérer et durant laquelle au moins un militaire français a trouvé la mort. Dans un communiqué transmis à l'AFP dans la matinée, les shebab ont eux affirmé que Denis Allex était toujours en vie, mais en sursis. Il sera jugé "dans les deux jours" ont en effet annoncé ses ravisseurs, se félicitant d'avoir repoussé l'assaut et capturé "un soldat français blessé".

Seule certitude : la violence des combats

"Les combattants moudjahidine ont défait les soi-disant commandos du gouvernement français qui ont tenté de sauver un otage et ont laissé les corps de plusieurs des leurs sur le lieu de l'attaque", a déclaré Cheikh Mohamed Abdallah, commandant militaire des insurgés qui contrôlent la localité de Bulomarer, à une centaine de kilomètres au sud de la capitale Mogadiscio. C'est là que, dans la nuit du 11 au 12 janvier, un commando français a donc donné l'assaut contre une habitation. "Nous ne savons pas exactement ce qui s'est passé, car l'attaque a eu lieu de nuit, mais ce matin nous avons vu plusieurs cadavres y compris celui d'un homme blanc. Trois civils ont également été tués dans l'échange de coups de feu", a raconté un habitant de la localité. D'autres témoins ont précisé que l'attaque avait été menée depuis quatre hélicoptères militaires.

"Le commando de la DGSE a pénétré jusqu'au lieu de la détention. Là, il a fait face à une très forte résistance. Des combats d'une grande violence se sont déroulés, au cours desquels, tout donne à penser que Denis Allex a été abattu par ses geôliers" a déclaré le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian lors d'une conférence de presse. "Je m'en tiens à ce que je vous ai indiqué. Tous les éléments laissent à penser que Denis Allex a été tué", a-t-il répété pour tout commentaire en réaction aux affirmations contraires de Chabaab al-Islami, le groupe islamiste local affilié à al-Qaïda, dont 17 membres ont été tués, selon le ministère de la Défense.

Les islamistes somaliens menacent la France

"Les services français ont recherché pendant trois ans tous les moyens permettant de négocier avec le Chabaab al-Islami", en vain, avait d'abord expliqué M. Le Drian. "Denis Allex était détenu dans des conditions inhumaines" a fait valoir le ministre. Dès lors que "la DGSE a fini par le détecter (...) il était impératif d'organiser une opération d'envergure". "Une mission extrêmement dangereuse", dans laquelle un soldat français a péri et un autre a été porté disparu. Il pourrait s'agir du militaire dont les shebab revendiquent la capture. "Le soldat français blessé est maintenant détenu par les moudjahidines et Allex est toujours en sécurité, loin du lieu des affrontements" affirmait le communiqué de la milice somalienne.

"En réponse à cette opération ratée des forces françaises, les moudjahidines d'Al Chabaab assurent au peuple français qu'ils donneront leur verdict final concernant Denis Allex dans les deux prochains jours", poursuit le communiqué, menaçant au-delà de la vie de l'agent de la DGSE enlevé à Mogadiscio où il était en mission le 14 juillet 2009, tous "les citoyens français qui goûteront inévitablement aux conséquences amères de l'attitude inconséquente de leur gouvernement à l'égard des otages".