Un peu plus de deux mois après l'opération Biyela qui a conduit à la saisie de 550 millions de faux médicaments, une autre opération douanière révèle l’ampleur du trafic de ces contrefaçons et le danger qu’il fait peser sur la santé des patients. Jeudi 27 juin, Interpol a affirmé avoir saisi près de 10 millions d'unités de médicaments contrefaits, et potentiellement mortels, lors d'une vaste opération nommée "Pangea 6". Menée simultanément dans 99 pays dont la France elle s’est déroulée du 18 au 25 juin 2013 et a donné lieu à des arrestations dans le monde entier.

"Pangea" est la plus vaste opération de ce type menée sur Internet. Elle est coordonnée par Interpol, l’Organisation Mondiale des Douanes (OMD), le Permanent Forum  on International Pharmaceutical Crime (PFIPC) ainsi que le Head of Medecine Agencies Working Group of Enforcement Officers (HMA/WGEO). "Les quantités saisies sont en augmentation de plus de 100% par rapport à l'opération précédente en 2012", a commenté auprès de l'AFP Aline Plançon, sous-directeur du programme sur la criminalité pharmaceutique pour Interpol.

"Vider l'océan avec une petite cuillère"

D'après une évaluation d'Interpol, les médicaments saisis représentent une valeur de 41 millions de dollars. "De plus en plus de médicaments sont vendus sur Internet, et trouvent de plus en plus d'acheteurs", selon Aline Plançon. Même si l'organisation policière a conscience de "vider l'océan avec une petite cuillère", cette dernière souligne que ses actions "ont permis d'étudier les flots de financement des sites criminels organisés et de démanteler des réseaux".

Cette opération aura notamment permis aux douanes françaises de saisir plus de 812.300 médicaments de contrebande et de contrefaçon, soit près de deux fois plus qu'en 2012. Ces derniers peuvent être très dangereux pour le consommateur car, si dans le meilleur des cas ils sont inactifs, ils peuvent également contenir un principe actif qui altère directement la santé. Interpol intervient également pour la prévention de l'achat de médicaments par Internet auprès des pays membres, en envoyant notamment des guides de sensibilisation.

Attention aux achats sur Internet


De fait, en achetant sur Internet, les consommateurs ne sont pas sans s'exposer à des médicaments dont la qualité n’est pas garantie, dont la provenance et les circuits empruntés sont inconnus et dont le rapport bénéfice/risque n’est pas évalué. Selon l’OMS, environ 50% des médicaments vendus sur Internet seraient des contrefaçons. Outre ces dernières, un grand nombre de produits falsifiés circule sur le web : pseudo médicaments génériques non autorisés en Europe, pseudo compléments alimentaires ou pseudo médicaments à base de plantes médicinales.

Ainsi, l'ANSM rappelle que seul le circuit d'officine est régulièrement contrôlé par les autorités sanitaires. À partir du 12 juillet prochain, les pharmacies françaises seront d'ailleurs autorisées à délivrer en ligne plus de 4000 médicaments disponibles sans ordonnance (paracétamol, antitussif…). Sur le sujet, la ministre de la Santé Marisol Touraine avait néanmoins affirmé que ces ventes seront très encadrées, plus que dans les autres pays d'Europe, « afin d'éviter les contrefaçons mais aussi de rassurer les Français".