Ce n'est pas une date anniversaire, mais un nombre qui frappe les esprits : Thierry Dol, Daniel Larribe, Pierre Legrand et Marc Féret, enlevés le 16 septembre 2010 par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) sur le site minier d'Arlit, au Niger, sont détenus dans le Sahel depuis 1000 jours. Las que rien ne bouge, le père et le frère de Pierre Legrand ont annoncé hier, vendredi 21 juin, qu'ils avaient déposé une plainte contre X avec constitution de partie civile.

Une plainte, "pour comprendre"

La famille de l'otage espère obtenir de la justice française des informations sur son sort. La plainte a pour motifs l'enlèvement et la séquestration de leur proche, mais aussi la mise en danger de la vie d'autrui. Dans la ligne de mire, le géant français du nucléaire Areva et la filiale de Vinci, Sogea-Satom, employeur de Pierre Legrand, qui exploitent le site d'Arlit et n'ont peut-être pas été irréprochables en matière de sécurité.

"Depuis 1.000 jours, les progrès sont insignifiants, nous ne voulons pas nous reprocher de n’avoir rien fait, nous voulons comprendre", a expliqué, Alain Legrand, le père de Pierre, qui a ajouté : "dans un premier temps on nous a conseillé le silence, nous avons toujours été dans la retenue, mais au bout de trois ans, ça suffit".

Plainte a donc été déposée, précisément pour "enlèvement et séquestration aggravés en lien avec une entreprise terroriste, atteintes volontaires à l’intégrité physique et mise en danger de la vie d’autrui". Un juge devrait prochainement être désigné pour instruire ce dossier qui, jusqu'à présent, n'a fait l'objet que d'une enquête préliminaire, ouverte le 22 septembre 2010 par la section antiterroriste du parquet de Paris.

Les mesures de sécurité en question

Selon Me Olivier Morice, l'avocat des plaignants, Satom avait certes mis en place des mesures de sécurité, mais elles étaient "insuffisantes compte tenu du contexte ambiant dans le nord du Niger en septembre 2010, et ce depuis quelques années". Il en veut pour preuve un courrier adressé par le préfet d'Arlit au responsable local de la société, lui faisant part, quinze jours avant les enlèvements de "la menace du groupe Aqmi (...) à prendre au sérieux, car un tel contexte (était) favorable à toutes les actions crapuleuses".

"Areva et Vinci ont manqué aux obligations générales et particulières de sécurité" assène Me Morice, estimant que la cause de ces manquements tenait de la petite économie. "La sécurité du personnel était, semble-t-il, pour de pures questions budgétaires, assurée par des gardes d’une société de sécurité privée non armés, Areva ayant refusé le soutien de la milice nigérienne malgré la proposition des autorités deux mois avant la prise d’otage", est-il écrit dans la plainte.

Areva et Vinci discrets, les familles partagées

Sollicité par l'AFP, Areva n'a pas souhaité réagir. Guère plus disert, un porte-parole de Vinci a indiqué que l'entreprise ne souhaitait pas commenter, mais a assuré : "nous continuons d’oeuvrer pour leur libération". C'est aussi le cas du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui a récemment réaffirmé que "toutes les forces de l’Etat sont mobilisées", mais n'est pas entré dans les détails, "car tout ce qui peut être dit, malheureusement, peut être aussi utilisé contre les otages".

Dans ces conditions, les avis de l'entourage des otages français au Niger sont très partagés, y compris au sein de la famille Legrand, a dit à l'AFP, Frédéric Cauhapé, beau-frère de Marc Féret, lui aussi détenu dans la bande sahélienne. De son point de vue, tout est question de priorité. Les "autres familles sont mobilisées actuellement uniquement pour (...) ramener" les otages.

"Chaque chose en son temps, on verra plus tard pour établir les responsabilités" a-t-il ajouté. Pour autant, M. Cauhapé n'a pas blâmé la démarche du père de Pierre Legrand. Sans parler bien évidemment de la libération de son fils, il s'agit, a déclaré ce dernier lors d'une conférence de presse au cabinet de son avocat, d'obtenir des "réponses précises" sur les éventuelles responsabilités des employeurs des otages.