Otages
*Rançons, enquête sur le business des otages, de Dorothée Moisan, sortira en librairie le 16 octobre. Ed. Fayard. 18 €. Photo : Fayard

C'est un débat vieux comme les prises d'otage. La révélation, par Jean-Marc Ayrault, du nom de deux journalistes retenus en Syrie depuis juin, a remis en lumière cette semaine une question : faut-il ou non médiatiser leur sort ? Dans le cas de Nicolas Hénin et Pierre Torrès, la "boulette" du Premier ministre était un simple contretemps : les familles avaient prévu de révéler leurs noms samedi. Mais les trois premiers mois, elles avaient bien choisi la stratégie de la discrétion, "en espérant un dénouement rapide".

"Il n'y a pas de règle, résume pour metronews Dorothée Moisan, journaliste et auteure d'une enquête sur le 'business des otages'*. Pendant les premiers mois de détention, la discrétion est souvent un atout pour identifier les ravisseurs, leurs revendications, et mener les négociations dans un climat plus serein". Ainsi, la plupart des cas d'enlèvements ne parviennent pas aux oreilles du public. Et alors qu'on évalue à une soixantaine le nombre d'enlèvements de Français dans le monde par an, on ne recense officiellement aujourd'hui "que" 11 otages.

"Un besoin thérapeutique"

Mais quand le calvaire se prolonge, la médiatisation apparaît souvent comme une délivrance. "Pour les familles, cela devient un besoin thérapeutique, pour lutter contre l'impuissance insupportable qu'elles ressentent dans cette situation", analyse Dorothée Moisan. "Cela donne de la valeur aux otages", complète Patricia Philibert, présidente de l'association Otages du monde. Comme un bouclier : d'un côté, les ravisseurs seraient plus enclins à laisser leurs otages en vie, de l'autre les autorités françaises sont pressés d'en faire une priorité.

Les inconditionnels de la discrétion voient d'un mauvais œil cette "valorisation", qui est aussi financière, arguent-il. Or les enlèvement suivis d'une demande de rançon sont devenus un vrai business dans le monde. Dans le Sahel, le secrétariat d'Etat américain estimait en 2012 qu'Aqmi avait ainsi levé presque 90 millions d'euros en huit ans. Un "robinet" que François Hollande a tenté   de fermer cette année, en affirmant haut et fort : "on ne paiera pas". Ou plus.