C'est déjà une revanche et une consécration pour lui. A l'issue de l'audience de Pervez Musharraf à Rawalpindi (Pakistan), Chaudhry Azhar, procureur en charge d'inculper l'ex-putschiste, jubilait. "Les accusations de complot criminel et de meurtre seront alors lues en sa présence. Il devra lire l’acte d’accusation et le signer afin que les procédures judiciaires se poursuivent", déclare un Chaudhry Azhar triomphant, satisfait d'avoir mis Musharraf à genoux.

Bien qu'ayant nié toutes les charges, l'ex-homme fort du Pakistan a été contraint par le procureur Azhar à se rendre à une nouvelle audition, la semaine prochaine. Le fonctionnaire de justice est déterminé à ne pas lâcher Musharraf, accusé d'avoir notamment contribué à l'assassinat de Benazir Bhutto en 2007. Cette détermination n'est pas seulement le fait du zèle professionnel. Elle est aussi le fait de raisons politiques et personnelles profondes.

Détruire le système Musharraf

Chaudhry Azhar, ce n'est pas un secret, est l'avocat personnel de Raja Riaz, chef actuel du Parti du Peuple Pakistanais (PPP), la force politique dont est issue Benazir Bhutto et Asif Ali Zardari, actuel président du Pakistan, tout deux ennemis jurés du clan Musharraf et de l'armée. Chaudry Azhar a notamment défendu Raja Riaz devant la Haute Cour d'Islamabad au début de cette année, lors d'un différend qui a opposé ce dernier à l'homme d'affaire américain Mansoor Ijaz. L'affaire menaçait directement la réputation du président Zardari, selon ce même Chaudhry Azhar.

L'acharnement du procureur contre Musharraf obéit donc à première vue à des motifs politiques. Clan Bhutto/Zardari contre clan Musharraf/armée : voilà l'enjeu qui se profile derrière les motivations de Chaudhry Azhar. Le procès de Musharraf s'inscrit dans ce clivage.

Venger son mentor

Mais le procurreur a aussi un compte personnel à régler. Son prédécesseur et mentor Chaudhry Zulfiqar, qui dirigeait l'enquête sur le meurtre de Benazir Bhutto et a été le premier à accuser Musharraf de complicité dans cette affaire, a été abattu vendredi 3 mai à Islamabad alors qu'il se rendait au tribunal. Or quelques jours avant, Chaudhry Zulfiqar avait annoncé prolonger la détention provisoire de Musharraf. Son adjoint de l'époque, qui n'était autre que Chaudhry Azhar, hérite de l'enquête et du poste de son collègue et ami.

"Je ne peux faire aucun commentaire. Je suis sous le choc", avait déclaré le jour du meurtre de son mentor Chaudhry Azhar, effondré, en guise de première réaction. Cet accablement va rapidement se muer en une volonté de revanche contre les réseaux de soutien à Musharraf, dans un pays où l'assassinat flirte souvent avec la vie politique.