L'ex homme fort du Pakistan prend la fuite. Cette fois, il n'a pas quitté le pays, du moins pas encore, mais le tribunal. Rentré au Pakistan il y a près d'un moins, après plus de quatre an d'exil, Pervez Musharraf s'est rendu jeudi matin à une audience au cours de laquelle devait être décidé la prolongation ou non de sa liberté sous caution. Contre toute attente, selon l'entourage de l'ancien président, le juge chargé de statuer sur son sort a rejeté cette prolongation et ordonné son arrestation. Immédiatement après cette décision, le général à la retraite a quitté le tribunal, protégé par ses gardes du corps, et s'est enfui dans son 4x4 sous le regard de policiers ahuris, a rapporté un photographe de l'AFP.

L'audience du jour concernait l'affaire du renvoi de juges qui devaient étudier les conditions de la réélection contestée de Musharraf en 2007. C'est l'un des nombreux dossiers judiciaires qui concernent l'ancien chef d'Etat suspecté d'avoir joué un rôle dans l'assassinat, la même année, de l'opposante Benazir Bhutto. Le général est également mis en cause pour le meurtre du chef indépendantiste de la province du Baloutchistan (sud-ouest), Akbar Bugti.

La candidature de Musharraf aux législatives rejetée

Dans l'affaire de la mort de l'ex Première ministre Benazir Bhutto, un tribunal anti-terroriste avait reconduit mercredi la liberté de Pervez Musharraf, comme lors d'autres audiences auparavant. Ce jeudi, la décision du juge a été tout autre, suscitant de vives réactions. "Le comportement du général Musharraf montre son dédain de la procédure légale et indique qu'à titre d'ancien chef de l'armée et dictateur il pense être en mesure d'échapper à sa responsabilité concernant ses abus", a commenté le directeur pour le Pakistan de l'organisation Human Rights Watch, Ali Dayan Hasan. De leur côté, les partisans de l'ancien président se sont rassemblés devant sa propriété dans la banlieue d'Islamabad en guise de soutien. "Nous n'acceptons pas cette décision", "c'est de l'injustice", ont scandé ses appuis.

A la tête d'un petit parti créé en exil, l'APML (All Pakistan Muslim League), qui veut soutenir le développement économique du Pakistan et renforcer la lutte contre les Talibans, Pervez Musharraf est revenu dans son pays dans le but de participer aux élections législatives de mai. Sa candidature a toutefois été rejetée cette semaine par un tribunal pakistanais. Porté au pouvoir à l'issue du coup d'Etat de 1999, Pervez Musharraf a dirigé le Pakistan jusqu'à sa démission en 2008 à la veille d'une procédure de destitution lancée par son gouvernement. Une gouvernance marquée par le soutien apporté aux Etats-Unis dans leur guerre contre les Talibans.