En matière de géopolitique, les mots pèsent lourd. En remplaçant la semaine dernière la mention "Territoires palestiniens" par "Palestine" sur sa page locale, Google s'est ainsi attiré les foudres de l'Etat d'Israël, qui ne décolère pas depuis.

"Cela repousse davantage les perspectives de paix et les négociations," a encore fustigé lundi le ministre des Affaires étrangères, Zeev Elkin, dans des propos tenus à la radio et rapportés par Reuters. "Cela crée parmi les leaders palestiniens l'illusion qu'ils peuvent parvenir à quelque chose de cette manière, or sans négociation directe avec nous, il ne se passera rien", a-t-il martelé, alors que le processus de paix est au point mort. La veille déjà, le chef de la diplomatie israélienne s'était fendu d'une lettre au géant américain de l'Internet, dénonçant la décision "déroutante" et "l'intervention d'une société internationale dans la politique locale, qui ne sert l'intérêt d'aucune des parties à long terme".

La Palestine référencée dans Google maps

Pour justifier sa modification intervenue le 1er mai, un porte-parole de Google, Nathan Tyler, a mis en avant la cohérence avec le point de vue des Nations Unies. Avec le soutien de la France notamment, l'Assemblée générale de l'ONU a en effet accordé le 29 novembre dernier à la Palestine le statut d'"Etat observateur" au sein des Nations unies, où elle siégeait jusqu'alors en tant qu'"entité" observatrice. Gêné aux entournures, le département d'Etat américain, qui s'était opposé à ce vote, s'est bien gardé de prendre position dans l'affaire Google, se contentant de rappeler qu'il s'agit d'une entreprise privée.

Le changement opéré par le plus gros moteur de recherche au monde a donc satisfait la direction palestinienne. Le conseiller du président palestinien Mahmoud Abbas pour les télécommunications et l'Internet, Sabri Saïdam, a salué "un pas dans la bonne direction". "Nous espérons que Google maps montrera aussi les terres palestiniennes confisquées par la colonisation israélienne", a-t-il néanmoins ajouté, alors que les frontières des Territoires palestiniens n'y apparaissent qu'en pointillés au sein de l'Etat d'Israël. En revanche, si le mot "Palestine" n'apparaît pas sur la carte, la recherche "Palestine" sur Google maps ne mène plus vers une ville homonyme au Texas, mais bien vers Ramallah, siège de l'autorité palestinienne en Cisjordanie. Qui a dit que la géographie, ça sert d'abord à faire la guerre ?