Le scandale Cahuzac aura fait plier certaines forteresses. Alors que le Luxembourg a annoncé dimanche  accepter des compromis avec l’Union européenne, l’Autriche, irréductible, continuait lundi de s’accrocher coûte que coûte à son secret bancaire. La ministre des Finances, Maria Fekter, avait ainsi déclaré qu'elle se battrait "comme une lionne" pour défendre cette particularité autrichienne. Cela n’aura pas suffi : "Nous allons mener les discussions en commun avec le Luxembourg. Oui, nous négocions", a ainsi déclaré mardi le chancelier, Werner Faymann.

Cette levée du secret bancaire concernera les résidents étrangers détenteurs d'un compte sur son sol, comme le lui demande l'Union européenne (UE). Une transparence bancaire qui constituait le point d’achoppement des discussions avec l’Autriche jusqu’à mardi. Mais pourquoi tant de hargne alors que le Luxembourg, bien plus prisé des fraudeurs, a cédé aux exigences européennes ? Metro a interrogé Henri Sterdyniak, économiste et chercheur à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), sur les réticences autrichiennes. 

Pourquoi une telle levée de boucliers en Autriche ?

L’Autriche voit le secret bancaire comme un droit extrêmement important, garanti par la Constitution. Le gouvernement a finalement accepté les exigences de Bruxelles, mais cet anonymat est maintenu pour les Autrichiens. Jusqu’à présent, la ligne de Vienne était de ne rien accepter tant que les autres pays concernés n’avaient pas cédé aussi. Il faut se rappeler que l’Autriche est coincée entre deux paradis fiscaux : la Suisse et le Liechtenstein. Le pays revendiquait une sorte d’égalité avec ses voisins.

Quelles sont exactement les exigences de l’Union européenne ?

L’Autriche respecte déjà la législation européenne qui veut que 35% des revenus d’intérêts d’un compte ouvert par un étranger soit reversés aux trois quart au pays d’origine. Mais Bruxelles se bat désormais pour appliquer la règle de l’échange automatique d’informations dans toute l’Union (à partir de 2015, si tous les Etats membres sont d’accord, ndlr). Elle contraindra notamment Vienne à avertir automatiquement la France que l’un de ses ressortissants a ouvert un compte sur son territoire.

Mais peut-on vraiment considérer l’Autriche comme un paradis fiscal ?

Cet Etat a certes été jadis un paradis bancaire, en particulier pour les pays de l’Est, mais on ne peut plus dire cela aujourd’hui. Dans le cas présent, elle sert avant tout de levier de négociations pour Bruxelles. En faisant céder l’Autriche, l’Union européenne pourra présenter un front uni devant la Suisse. Bruxelles pourra ainsi insister sur le fait que tous les pays européens ont accepté la levée du secret bancaire, tandis que la Suisse continue de privilégier les accords bilatéraux.