C'est un vote qui a réjoui Delphine Batho, l'ancienne ministre de l'Ecologie du premier gouvernement Ayrault. Aux termes de débats intenses – et ce au sein même de la majorité socialiste –, l'Assemblée nationale a adopté jeudi 17 mars, en deuxième lecture du projet de loi biodiversité, l'interdiction sans dérogation des pesticides néonicotinoïdes, dits "tueurs d'abeilles", reconnus comme étant nocifs pour les insectes pollinisateurs et l'environnement. 

Adoptée de justesse par 30 voix pour contre 28, cette disposition se donne pour objectif d'"adresser un signal fort aux groupes chimiques, aux agriculteurs, et à l'exécutif", selon le président de la commission du Développement durable, le député PS de l'Indre Jean-Paul Chanteguet. "Le législateur doit prendre ses responsabilités en interdisant l’utilisation de ces molécules, tout en permettant à la profession agricole de s’adapter", plaide encore l'élu, contraint de trouver un compromis quant à la date d'entrée en vigueur de l'interdiction. 

"Responsabilité" vis-à-vis des générations futures

Initialement prévue au 1er janvier 2017, des députés centristes et de droite, soutenus à demi-mot par la secrétaire d'Etat écologiste chargée de la biodiversité, Barbara Pompili, qui plaidait pour "des solutions responsables qui puissent s’appliquer", l'entrée en vigueur de l'interdiction a en effet été repoussée au 1er septembre 2018. Plusieurs élus défendant l'interdiction ont de leur côté souligné la "responsabilité" vis-à-vis des générations futures, d'autant que les agriculteurs eux-mêmes font eux-mêmes "les frais" de ces produits.

Car les produits néonicotinoïdes sont fortement nocifs pour la biodiversité (pas seulement pour les abeilles mais aussi pour les invertébrés aquatiques et terrestres, les poissons, les oiseaux et au final l’être humain). Les preuves scientifiques ne cessent d'ailleurs de s'accumuler. Selon Henri Clément, porte-parole et ancien président de l’Union nationale de l’apiculture française (l’Unaf), interrogé par Le Monde : "Les néonicotinoïdes sont arrivés en France en 1994. Depuis lors, environ 300.000 colonies d’abeilles domestiques périssent chaque année. Aujourd’hui il y a plus de mille enquêtes scientifiques à charge contre eux." Pour être définitivement adopté, le texte doit être voté en deuxième lecture au Sénat, avant de revenir à l'Assemblée. 

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