Elle est de retour avec, comme chaque année, son lot de petites polémiques et de curiosités. L'Assemblée nationale vient de mettre en ligne le détail de la réserve parlementaire des députés, soit 80 millions d'euros dépensés en 2015 et en moyenne 130.000 euros par élu.

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Régulièrement critiquée pour son aspect jugé "clientéliste", y compris par certains députés eux-mêmes, cette réserve 2015 ne déroge pas à la règle. Parmi les députés déjà ciblés dans la presse, on (re) trouve par exemple Patrick Balkany (LR) et sa subvention de 70.000 euros à une association émanant directement de sa mairie de Levallois (Hauts-de-Seine). Ou bien le député-maire LR du XVIe arrondissement de Paris, Claude Goasguen, qui finance une association chargée de préparer des recours contre les projets de logements sociaux dans ce quartier chic de la capitale. Au-delà de ces exemples, voici un petit best-of des subventions généreusement accordées par ces élus à des organismes amis ou bien, tout simplement, à leurs propres intérêts.

 Des députés généreux avec eux-mêmes
Le député LR des Alpes-Maritimes Lionnel Luca a donné la quasi-totalité de sa réserve à sa propre commune de Villeneuve-Loubet, soit un joli pactole de 85.000 euros. Cela n'a absolument rien d'illégal, mais pose tout de même quelques problèmes éthiques, comme le signale timidement le "déontologue" de l'Assemblée nationale. Lionnel Luca est loin d'être le seul à gâter sa commune. Le député communiste François Asensi a renfloué Tremblay-en-France de quelque 9000 euros; Jean-François Copé (LR) a soigné Meaux (15.000 euros); Nicolas Dupont-Aignan (DLF) a gardé plus de 66.000 euros pour sa ville de Yerres. Idem pour Jacques Kossowski (LR) à Courbevoie (86.000 euros) et Jacques Myard (LR) à Maisons-Laffitte (79.000 euros). A gauche, l'ex-ministre Frédéric Cuvillier (PS) n'a pas oublié sa ville de Boulogne-sur-Mer (80.000 euros).

Notre podium de l'auto-subvention revient toutefois, par ordre croissant, à Jean-Christophe Fromantin à Neuilly-sur-Seine, commune la plus riche de France (99.000 euros, le reste allant essentiellement à des organisations de scoutisme), Jean Leonetti à Antibes (130.000 euros) et surtout… Gilles Carrez, le "Monsieur finances" du parti Les Républicains, qui profite de sa réserve XXL de président de la commission des finances pour gâter tout particulièrement Nogent-sur-Marne (200.000 euros).

 Ce n'est pas leur ville, mais…
Dans un geste plus altruiste, les députés utilisent souvent leur réserve parlementaire pour aider financièrement d'autres petites communes et villages de leur circonscription. Des aides désintéressées, forcément, même si, dans certains cas, c'est un peu ambigu. Ainsi, le député PS Malek Boutih a dégainé une subvention de 23.000 euros à la commune de Fleury-Mérogis (Essonne). Commune dont le maire est David Derrouet, qui est… le suppléant de Malek Boutih à l'Assemblée nationale. Suppléant qui avait pourtant tenté, en vain, de s'émanciper de son député à l'automne dernier, après avoir quitté le PS fin 2013.

 Marion Maréchal-Le Pen généreuse avec les maires de droite
Encore plus altruiste, la députée Front national de Vaucluse est généreuse au-delà de son propre parti. Ainsi, les maires divers droite Michel Ponce (Velleron) et Aimé Navello (Mazan) n'ont pas rechigné à recevoir, pour leur commune, 25.000 euros chacun de Marion Maréchal-Le Pen. Il est vrai que Michel Ponce, vice-président de la communauté d’agglomération du Grand Avignon, avait jugé, fin 2013, que la députée frontiste était "aimable" et qu'elle pourrait être "sa petite-fille". Cette histoire sentimentale n'est pas nouvelle. L'année précédente, elle avait versé 10.000 euros pour la construction d'un rond-point devant la caserne des pompiers de cette commune, ce qui lui avait valu de figurer sur leur calendrier.

 Ils aident la jeunesse (qui le leur rend bien)
Mention spéciale, ensuite, aux députés qui n'oublient pas d'où ils viennent. A l'aile gauche du PS, le syndicat Unef, en pointe dans la bataille contre le projet de loi travail de Myriam El Khomri, est soutenu par les députés… en pointe, justement, dans la bataille contre le projet El Khomri. Benoît Hamon a ainsi réservé 5000 euros à la section du syndicat étudiant de l'université de Versailles-Saint-Quentin. Le député Pouria Amirshahi, ancien président de l'Unef-ID, et proche de l'actuel président de l'Unef William Martinet, a carrément réservé 10.000 euros au syndicat proche du PS.

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A droite, la nouvelle présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, a fait de même avec le syndicat étudiant UNI (4.000 euros). A noter qu'en 2015, l'ancienne ministre de l’Enseignement supérieur a également confirmé son statut de grand mécène de l'université Versailles-Saint-Quentin, avec une subvention de 20.000 euros, comme l'an dernier, pour cette fac dont les gros soucis de gestion passés ont été la cible de la Cour des comptes début 2014. Chez les écologistes, Cécile Duflot a eu une pensée pour la relève… incarnée, bien sûr, par les Jeunes écologistes (3.000 euros).

 Hors compétition
Certains députés sont des passionnés de culture. C'est le cas de René Dosières, qui a réservé 30.000 euros à l'Amitié Charles-Péguy, une association qui cultive la mémoire du grand écrivain, et dont il est membre du comité d'honneur, au même titre que le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur.

Enfin, on pourra mentionner la réserve parlementaire de la présidence de l'Assemblée nationale, qui a particulièrement gâté les fondations politiques, tous bords confondus… mais surtout celles de gauche. La présidence du socialiste Claude Bartolone a ainsi réservé pas moins de 230.000 euros à la fondation Jean-Jaurès, et 80.000 euros à l'Institut François-Mitterrand.