C'est un hommage solennel mais quasi silencieux que François Hollande a rendu ce jeudi à Jean Jaurès. Cent ans jour pour jour après la disparition de l'icône socialiste, le chef de l'Etat s'est rendu sur les lieux de son assassinat - le 31 juillet 1914 - à l'ancien Café du croissant, rue Montmartre, au cœur de la capitale.

Interrogé à cette occasion sur le message qu'il retenait de Jaurès, le Président a répondu en quelques mots : "La paix et l'unité, le rassemblement de la République". Et François Hollande est loin d'être le seul à faire l'éloge de cette grande figure du socialisme. Un siècle après sa mort, les partis politiques de gauche comme de droite se disputent l'héritage du héros républicain. Tour d'horizon.

> François Hollande, à Carmaux, le 23 avril : "Aujourd'hui, être fidèle à Jaurès, ce n'est pas renoncer, céder, c'est le contraire"
François Hollande avait assuré en avril à Carmaux, dans le Tarn, qu'il restait fidèle aux valeurs du fondateur de la SFIO. C'est dans cette cité ouvrière que Jaurès - alors député du Tarn - avait pris la défense des mineurs lors de la grève de 1892. jeudi, c'est sur les lieux de l'assassinat de l'icône de la gauche que président le plus impopulaire de la Ve République s'est rendu, alors que son gouvernement socialiste ne parvient pas à redresser la situation économique de la France.

> Manuel Valls : Jaurès aurait "sans doute" voté le pacte de responsabilité
Le Premier ministre, qui incarne l'aile droite du PS, défend une ligne économique et sociale très éloignée de celle de Jaurès. Mais cela ne l'a pas empêché d'appeler son esprit à la rescousse au mois de juin, pour rassembler une majorité éclatée avant le vote du budget rectificatif. Et lorsqu'on lui demande si le leader de la SFIO aurait voté pour le pacte de responsabilité, il répond "sans doute, au nom même de la responsabilité (…). Jaurès aurait été aux côtés de ceux qui veulent gouverner et qui veulent que la gauche gouverne dans la durée".

> Nicolas Sarkozy, pendant la campagne de 2007 : "Pour Jaurès, le travail était une valeur. La gauche d'aujourd'hui n'aime pas le travail"
Pendant sa première campagne présidentielle, le candidat Sarkozy cite de nombreuses fois le fondateur du journal L'Humanité. L'ancien chef de l'Etat se décrit même comme "l'héritier" de Jaurès quand il défend la valeur travail, même si sa ligne libérale semble très éloignée des principes prônés par le tribun socialiste. 

> Louis Aliot : "Jaurès aurait voté Front national"
Le Front national avait détourné l'image de Jaurès sur l'une de ses affiches lors de la campagne pour les élections européennes de 2009. La photo était accompagnée d'une citation tronquée du leader de la SFIO : "A celui qui n'a plus rien, la Patrie est son seul bien". Sur cette même affiche, qui appelait à voter pour le vice-président du FN Louis Aliot, on pouvait lire que "Jaurès aurait voté Front national". Si ce pacifiste revendiqué est parfois cité comme un patriote, il était à l'époque combattu par les militants d'extrême droite. C'est d'ailleurs un nationaliste déséquilibré - Raoul Villain - qui l'a assassiné.

> Jean-Luc Mélenchon, à propos du PS : "Jaurès, reviens! Ils ont changé de camp!"
Le leader du Front de gauche appelle au retour de Jaurès dans une tribune publiée dans le dernier numéro du Journal du dimanche Il y accuse ceux qu'il surnomme souvent les "solfériniens" (comprenez les membres éminents du PS, dont le siège est installé rue de Solférino) d'avoir "changé de camp". Le tribun, qui partage avec Jaurès son talent pour s'adresser aux foules, aspire lui aussi à être le porte-parole du peuple.

> Arnaud Montebourg : "Jean Jaurès disait que le patriotisme est l’estime de soi quand le nationalisme n’est que la haine des autres. Si la mondialisation a pu rapprocher les peuples, le patriotisme n’a pas perdu de son actualité".
Le ministre de l'Economie, qui incarne l'aile gauche du PS, a fait de la démondialisation son cheval de bataille, au cours de la primaire socialiste pour 2007. Ce point le rapproche davantage du leader de la SFIO que ses camarades qui suivent une ligne social-démocrate de façon assumée. Jaurès prônait en effet le contrôle de l'Etat sur les entreprises.

> Vincent Peillon : "Tout le XXe siècle socialiste va être dominé par ce compromis jauressien, dont on peut considérer qu'il n'a pas nécessairement fait du bien à la gauche française".
En 2000, le député européen et ancien ministre de l'Education socialiste avait consacré au personnage historique un ouvrage intitulé Jean Jaurès et la religion du socialisme. Ce spécialiste de Jaurès - agrégé de philosophie, comme la figure historique du PS avant lui - a une vision nuancée de l'influence du fondateur du Parti socialiste français sur la gauche française depuis un siècle. 

> Pierre Laurent, secrétaire national du PCF : "Taisez-vous et laissez parler Jaurès!"
Le numéro un du PCF et ancien directeur de la rédaction de L'Humanité - fondé en 1904 par Jaurès - , a fustigé mercredi les "usurpateurs" de l'héritage de Jaurès. Il a invité au silence "ceux qui maquillent leurs mesures de régression sociale et économique derrière les mots de Jaurès".