La rue marque des points en Ukraine. Les milliers d'hommes casqués des forces anti-émeutes, dépêchés au petit matin par le président Ianoukovitch, se sont heurtés à un mur mercredi. La foule de manifestants pro-européens a tenu bon sur ses barricades et, malgré des échauffourées, a contraint les forces de l'ordre à refluer du centre de Kiev. La mairie de la capitale, QG de l'opposition depuis dimanche, est elle aussi restée aux mains des contestataires.

Ceux-ci peuvent en outre se targuer de recevoir désormais un soutien appuyé de la communauté internationale. Car de Washington à Paris, les dirigeants se sont fâchés en voyant le pouvoir ukrainien préférer la force à la négociation, au moment même où des médiateurs occidentaux étaient sur place, et malgré les paroles apaisantes prononcées ces derniers jours. Les mots du secrétaire d'Etat américain sont cinglants : John Kerry a exprimé son "dégoût" face à l'emploi de "bulldozers et de matraques". Viktor Ianoukovitvh a assuré en fin d'après-midi avoir entendu le message, promettant de ne "jamais recourir à la force contre des manifestants pacifiques". Il a invité l'opposition a dialogué, mais s'est aussitôt vu opposé une fin de non-recevoir.

Bruxelles y croit de moins en moins

Depuis fin novembre, c'est bien un parfum de guerre froide qui enivre l'Ukraine. Et pas parce que le thermomètre affiche moins dix degrés. La crise politique, d'une ampleur sans précédent depuis la Révolution orange pro-occidentale de 2004, est née de la décision prise par Viktor Ianoukovitch de suspendre les relations avec l'Union européenne. Le pays, en grave crise financière, a en effet plié sous la pression du tout-puissant voisin russe, dont ses exportations dépendent en grande partie. L'opposition, disant craindre que le pays ne soit "vendu" à Moscou, a alors engagé le bras de fer.

Depuis, Kiev joue au poker menteur avec l'UE. Le Premier ministre, Mykola Azarov, a ainsi affirmé mercredi être prêt, moyennant une aide de 20 milliards d'euros, à signer un accord d'association avec elle plutôt que de se rapprocher de Moscou. "La prospérité de l'Ukraine ne peut pas être l'objet d'un appel d'offres où le mieux-disant gagne le prix", lui a répondu la Commission européenne. A Bruxelles, les promesses du régime ukrainien ne font plus illusion.