Après une volte-face surprise sur sa position face au Front national, François Fillon était attendu au tournant ce matin. Lors de la réunion du comité politique de l'UMP, les ténors du parti l'ont sommé de s'expliquer sur ses propos renvoyant dos à dos FN et PS, invitant à voter pour le "moins sectaire des deux" en cas de duel au second tour des municipales. Et, surprise, celui qui affirme encore ce mardi assumer d'"être minorité dans le parti" s'est fondu dans la masse. Le parti a en effet adopté à l'unanimité une position commune : la ligne officielle de l'UMP, le fameux "ni-ni", ni front républicain, ni soutien au Parti socialiste. L'ex-Premier ministre n'a pas moufeté. "Tous les présents ont levé la main", y compris François Fillon, a en effet assuré son rival et président du parti, Jean-François Copé, à l'issue du vote qui s'est tenu à huis clos.

A quoi joue donc François Fillon ? Est-il de nouveau entré dans le rang ? Bien au contraire. Car en jouant ainsi les contorsionnistes, c'est en fait sa stratégie pour 2017 qui se dessine. Et la rupture, aussi bien dans son image qu'avec ses camarades de l'opposition est bel et bien entamée.

"Comprendre la colère des électeurs" FN

Tendre la main aux électeurs du Front national, la stratégie n'est pas nouvelle et avait d'ailleurs payé, en 2007, avec la victoire de Nicolas Sarkozy à la présidentielle. Mais dans l'Opinion, ce mardi, son ex "collaborateur" ne fait aucunement allusion à l'ancien Président. Non, celui qui a fait de la course à la présidentielle de 2017 son "ultime combat" joue ici une carte personnelle, qu'il justifie par plusieurs prises de conscience. Refusant toujours toute alliance avec le FN, il entend "dialoguer" avec ses électeurs : "Je veux qu'on arrête de caricaturer, stigmatiser, exclure des électeurs qui sont des Français," explique-t-il au quotidien libéral.

Son évolution spectaculaire, il la justifie par une "prise de conscience personnelle", issue de son expérience de terrain. Car François Fillon est bel et bien en campagne et ne le cache pas. Il sillonne le pays, serre des mains et écoute les électeurs, leur colère. "Cette colère, c'est bien plus complexe qu'une simple droitisation de l'électorat, c'est une radicalisation des esprits et des cœurs, c'est une colère populaire que nous devons comprendre, endiguer et surtout canaliser pour ne pas qu'elle détruise la République", explique-t-il au journal. En tendant la main aux électeurs du Front national, François Fillon veut donc se forger une nouvelle image pour 2017. Celle du candidat rassembleur, qui va remettre les brebis égarées dans le droit chemin. Le candidat du redressement républicain, en somme.

Le "ni-ni" de Fillon : ni Sarkozy, ni Copé

Les grandes manœuvres commencent. Celui qui n'a qu'une date en tête, la primaire de 2016, se positionne : il ne sera ni Jean-François Copé, ni Nicolas Sarkozy. Pas question, en effet, de verser dans la "droite décomplexée" : "avoir le même discours que le FN ne sert à rien", fait-il ainsi valoir. Celui qui a refusé de s'afficher aux côtés des ténors de l'UMP, dont Alain Juppé ou Jean-François Copé à la dernière réunion des Amis de Sarkozy, veut se donner l'image du candidat libre, affranchi.

La stratégie est risquée. L'UMP est en quête d'unité et peine à faire oublier la guerre des chefs qui a abîmé son image l'an dernier. En partant vent-debout dans le match pour l'Elysée, François Fillon s'expose ainsi aux griefs de ses camarades. Une perspective qu'il expédie dans l'Opinion. "C'est le cadet de mes soucis".