Le texte "affirme le droit inaliénable de la population de la Polynésie française à l'autodétermination et à l'indépendance". Dans une résolution adoptée vendredi par l'Assemblée générale de l'ONU, la Polynésie française a été inscrite sur la liste des territoires à décoloniser. Présentée par trois petits Etats du Pacifique - les Iles Salomon, Nauru et Tuvalu-, la résolution a été adoptée par consensus. La France n'a pas participé à la séance, sa mission auprès de l'ONU ayant fait valoir que lors des élections territoriales du 5 mai, "trois électeurs polynésiens sur quatre se sont déclarés contre ce projet de résolution".

Conformément à la Charte de l'ONU (article 73 sur les territoires non autonomes), le texte invite le gouvernement français à "faciliter et accélérer la mise en place d'un processus équitable et effectif d'autodétermination" en Polynésie. La résolution ouvre en principe la voie à un référendum d'autodétermination : la population pourrait à terme se prononcer en faveur de l'indépendance, de la départementalisation ou d'un statut intermédiaire d'autodétermination. Mais en pratique, plusieurs des gouvernements concernés ne respectent pas ces règles - par exemple le Royaume-Uni avec Gibraltar et les Malouines.

"Une ingérence flagrante" pour Paris

A la suite du vote, plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, les Pays-Bas et les Etats-Unis, se sont "démarqués du consensus" pour marquer leur désapprobation, faisant valoir la défaite des indépendantistes aux dernières élections territoriales. Cependant, pour l'ambassadeur des Iles Salomon, Collin Beck, ces élections "ne peuvent pas être assimilées à un référendum" sur le sort du territoire.

Autant de prises de positions en deçà de la colère de Paris vis-à-vis de cette décision. Dans un communiqué publié par le Quai d'Orsay en fin de journée, le ministre des Affaires étrangères considère en effet cette résolution comme "une ingérence flagrante, une absence complète de respect pour les choix démocratiques des Polynésiens, un détournement des objectifs que les Nations unies se sont fixés en matière de décolonisation."

Inoxydabe Gaston Flosse

A l'heure actuelle, la Polynésie française est une collectivité dotée d'une très large autonomie, mais la France conserve ses compétences régaliennes, telles que la sécurité publique ou les relations internationales. Le président polynésien sortant, l'indépendantiste Oscar Temaru, qui a perdu début mai les élections au profit de Gaston Flosse, menait depuis plusieurs mois un intense lobbying afin que la collectivité d'outre-mer soit réinscrite sur la liste de l'ONU.

Ironie de l'histoire, les Nations unies ont adopté cette résolution quelques heures seulement avant qu'Oscar Temaru ne perde le pouvoir à Papeete, au profit de son rival historique, qui devrait être élu vendredi président de la Polynésie française après sa victoire aux élections.