"Si c'est vrai, il est fou d'avoir menti de façon aussi cash", avait confié un conseiller ministériel en décembre 2012 à l'Express. Il est fou, donc, Jérôme Cahuzac ? Devant les journalistes, devant les députés, il avait nié, de façon catégorique, blanchir de l'argent à l'étranger. L'ancien ministre, âgé de 60 ans, a avoué mardi sur son blog détenir encore 600 000 euros sur un compte à Singapour. Rongé par le mensonge, il s'est excusé auprès des ses anciens collègues du gouvernement et des Français. Lui, l'homme le plus craint du gouvernement, "un adversaire redoutable" pour la droite, a fait tomber le masque de la rigueur pour se dénoncer lui-même.

Sur tous les fronts

L'ancien ministre du Budget, passionné de boxe et surtout de records sportifs, ne devait pas connaître une fin politique aussi brutale. Lui qui encore cet été, a grimpé le Mont-Ventoux et qui malgré s'être fait "exploser" le palais à la boxe, avait repris, convalescence passée, les combats sur le ring. Ce compétiteur, "obsédé par le physique", a un corps à l'image de sa personnalité. Sec, froid et sans rondeur. Pas étonnant donc, que François Hollande l'ai choisi pour incarner une rigueur de gauche, sans précédent dans l'histoire de la Ve République. Ils étaient peu nombreux à pouvoir faire le job et couper les budgets de la plupart des ministères, quitte à devenir le ministre le plus haï du gouvernement.

Combattif, éternel insatisfait, Jérôme Cahuzac avait l'habitude d'être sur tous les fronts. Ce fils d'anciens résistants, proches de Pierre Mendès France, a d'abord préféré la médecine à la politique. Chirurgien de formation et malgré son adhésion au parti socialiste en 1977, il se tourne d'abord vers la médecine et se spécialise en cardiologie. C'est seulement en 1988, à 44 ans, que Jérôme Cahuzac débute en politique et rejoint le cabinet de Claude Evin, ancien ministre des Affaires sociales. Rocard parti de Matignon, cet orphelin politique connait une petite traversée du désert. Il se tourne de nouveau vers la médecine, cette fois-ci plus lucrative, en se spécialisant dans la chirurgie esthétique. Et crée la clinique Cahuzac dans le VIIIe arrondissement à Paris.

"La gauche caviar"

Le combattant Jérôme Cahuzac n'abandonne jamais et se relance en politique. Parachuté à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), il devient député en 1997 puis maire de la ville en 2001. Le spécialiste des cheveux ne conserve que l'activité "implants capillaires" de sa clinique, une spécialité qu'il peut exercer avec sa femme Patricia, dermatologue, mère de ses trois enfants, dont il est aujourd'hui séparé. Il se vante souvent de "n'être parti de rien" pour avoir ensuite réussi à briller en politique. Battu aux élections législatives de 2002, Il retrouve les bancs de l'Assemblée en 2007 contre le juge antiterroriste Jean-Louis Brugière (UMP). En 2010, ce travailleur acharné capable de passer des "centaines d'heures à travailler", préside la prestigieuse commission des Finances et se fait rapidement remarquer dans l'Hémicycle. Certains de ses opposants l'encensent, à l'instar de Philippe Marini, le président UMP de la commission des Finances du Sénat, qui le juge "très doué et vif d’esprit".

"Si j’ai réussi professionnellement, j’affirme qu’à aucun moment mes choix de carrière ont été dictés par des considérations pécuniaires", jure-t-il à Libération en septembre 2012. Ce n'est pourtant pas l'avis de ses adversaires, comme Valérie Pécresse qui voit en lui l'incarnation de "la gauche caviar". Pourtant, il ne rougit pas lorsqu'on lui rappelle qu'il est soumis à l'ISF, lui qui s'est battu contre le bouclier fiscal. En politique comme sur le ring, Bernard Cahuzac se défend toujours. En 2011, lorsqu'un gamin de sa ville l'insulte et le bouscule, le maire de Villeneuve-sur-Lot répond par deux gifles. Et assume son geste avec un égo assez dimensionné: "Comme maire je n'avais pas le droit de reculer car à travers ma personne, c'est la collectivité que l'on agressait".

Stratège dans l'âme, Jérôme Cahuzac a d'abord soutenu DSK dans la course à l'Elysée avant de se rallier à François Hollande. Il décroche le ministère du Budget et réussit médiatiquement à faire oublier que son supérieur hiérarchique direct est Pierre Moscovici. Celui qui se voyait déjà Premier ministre, comme l'ancien directeur du FMI devait s'imaginer Président, vient certainement de signer son arrêt de mort politique. "Ce sont les aléas de la vie qui expliquent mon parcours" , déclarait-il à Libération. Le mensonge aussi.