La France arrive en tête du palmarès. Selon une enquête du New-York Times publiée mardi, Paris a en effet versé "via des aides au développement déguisées ou des intermédiaires", plus de 58 millions de dollars aux djihadistes depuis 2008. Pour libérer les quatre otages d'Arlit en octobre 2013, 40 millions de dollars auraient ainsi été payés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) par l'industrie française du nucléaire Areva. Et ce, malgré les systématiques démentis de la présidence française.

Mais la France n'est pas le seul pays à rétribuer les preneurs d'otages. La Suisse (12,4 millions), l'Espagne (5,9 millions) ou l'Autriche (3,2 millions) ont également été épinglés par le quotidien.

"Chaque transaction en entraîne une autre"

Et le système semble bien rodé. "Les gouvernements européens ont fait passer cet argent par un réseau d’intermédiaires, en le déguisant parfois en aide au développement, selon les témoignages que nous avons pu recueillir auprès d’anciens otages, de négociateurs, de diplomates et d’officiels dans dix pays d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient. Le fonctionnement de ce business de l’enlèvement est également détaillé dans des centaines de pages de documents internes à Al Qaïda, trouvés par un reporter d’Associated Press au Nord-Mali l’an dernier", révèlent les journalistes.

Le quotidien pointe ainsi cet argent européen qui finance principalement ces organisations. "Les enlèvements contre rançon sont devenus aujourd'hui la plus importante source de financement du terrorisme", déclarait déjà David S. Cohen, sous-secrétaire au Trésor américain pour le terrorisme et le renseignement financier, dans un discours en 2012. "Chaque transaction en entraîne une autre", cite le quotidien qui rappelle que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont toujours refusé de négocier de l'argent avec les terroristes.

De quoi agacer Vicki Huddleston, ancienne ambassadrice des Etats-Unis au Mali. "Les Européens ont beaucoup de comptes à rendre. Ils mènent une politique hypocrite. Ils paient des rançons et ensuite nient les avoir payées. Le danger n'est pas seulement que ça fait grandir le mouvement terroriste, c'est aussi que ça rend tous nos citoyens vulnérables", dénonce-t-elle au New-York Times. Reste qu'une fois encore, le ministère des Affaires étrangères français martèle ne jamais "payer de rançon".